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Blog Kiwaïda

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lundi 9 août 2010

LA VIE ENFANTINE DE LA TARENTULE NOIRE


Kathy Acker (New York, 1984 ? Pas trouvé le nom du ou de la photographe...)



La Vie enfantine de la tarentule noire
, par la tarentule noire de Kathy Acker Traduit de l'anglais (États-Unis) par Gérard-Georges Lemaire, Désordres/Laurence Viallet (2006)

Extrait du livre de Kathy Acker, lu à la piscine découverte... le pied !

Je suis née folle dans le Barbican, quatre ans après la défaite de l’invincible Armada. Je décide immédiatement de faire ce que je veux : vivre des aventures de bandit de grand chemin plutôt que de papoter avec une poignée de menteuses, me bagarrer avec un gourdin clouté, détruire chaque fichue pique qu’on tente de me lancer. Je suis la dame ourse, les yeux couverts de cuir, la reine de la chicane des joyaux des taudis. Si j’étais un homme, je rejoindrais les hommes du colonel Downe sur la route ; je naviguerais jusqu’aux territoires espagnols avec du velours noir sur mon œil gauche du velours noir sur mon entrejambe. Les combats de chiens, dans le Bear Garden (1), sont et resteront mon sport préféré. J’apprends à combattre, à m’armer de bâtons, de toutes les manières, à prendre soin de moi-même. Mon père est un tailleur idiot.
Mon père me hait, me dit que je dois être une femme et me faire engager chez un respectable sellier. Tout ce dont il a envie c’est de me violer. Je refuse. Le salopard s’arrange pour me faire enlever par ses amis, me fait jeter dans le donjon d’un navire qui appareille pour la Virginie. Je suis une esclave. Je reste assise pendant une heure parmi les rats, sur le plancher froid ; je vois une lumière filtrer à travers une fissure de la porte, je bande mes muscles, mes liens cèdent ; je jette un coup d’œil à l’en-tour, je m’échappe. Je me précipite directement vers le Bear Garden.
(Je ne me rappelle rien de ma prime enfance. Un docteur marron dit à ma mère qu’elle doit tomber enceinte pour bien se porter deux jours après elle tombe enceinte elle m’a et elle a l’appendicite. Je hais tout le monde ; tout le monde me hait. Je ne sais pas comment parler aux autres ni comment me faire des amis. Je suis plus sauvage et plus étrange que tous ceux que je connais ; mon père légume veut que je sois un gaçon et je ne veux rien être. Ma mère refuse de me dire qui est mon père.
(Je rencontre un cinéaste crève-la-faim c’est la première personne à laquelle je m’identifie je décide que je serai écrivain. Je ne veux pas être comme mes amies riches, alors je mourrai. Mes parents veulent me marier à un richard et se débarrasser de moi une fois que j’aurai épousé ce plouc caractérisé. Je ne peux pas les blairer non plus. Je veux être une motarde sexy et baraquée portant du cuir argenté sur une BMW et ne me laisser emmerder par personne.)
Je fréquente les détrousseurs et les brigands de la ville. L’âge d’or de la soustraction de bourses. Ils inventent les poches. Le gros fonce dans le pigeon, sème la pagaille. Le malandrin extraie l’argent de ses longs doigts agiles, passe le butin à son complice qui s’éclipse avant que quiconque crie de terreur.
Malheureusement ou heureusement, je suis une piètre voleuse. Mes mains sont modelées pour le gourdin clouté et l’épée, pas pour des opérations aussi intelligentes et délicates. Je risquerai ma vie librement comme tout esclave, mais c’est pénible. Je rêve que je suis dans la chambre noire, le donjon ; les rats courent sur mon con, mordillent tout mon corps ; je hurle, je hurle et je hurle.
(Je fais des cauchemars toutes les nuits. Environ une fois par semaine je pénètre dans la bibliothèque balance tous les livres des étagères je me trouve parmi des objets déplacés qui disparaissent je perds conscience pendant deux semaines puis je comprends que j’ai perdu conscience. Je suis reine parce que je baise beaucoup je ne me laisse atteindre par personne. Je fume beaucoup de joints de façon à pouvoir m’endormir. Parfois je suis extatique je dévale en dansant des collines pentues je ne peux m’arrêter de rire.
(Je quitte mes parents, puis mon mari, ma carrière. Je ne suis pas très douée pour gagner de l’argent. J’ai deux problèmes principaux : (1) comment gagner deux cents ou trois cents dollars par mois pour manger, payer le loyer, sans devenir un robot et en gardant mes vêtements sur le dos (2) faire ce que je veux, ce qui est réel, s’approcher de la réalité. Fin de ma vie.)
Je crois en la noblesse : prenant la défense de mes amis, risquant ma vie, quand c’est nécessaire : la dernière trace de ma féminité, une sorte d’instinct maternel, m’aide à résoudre les disputes de la bande. J’agis avec gentillesse et austérité ; pas une fçade, mais moi. J’essaie de me représenter ce qu’est la réalité. Je commence à préparer les vols et je deviens le receleur, pas le commanditaire ; la bande ne me chasse pas. Je dois mieux me protéger. Je rends leurs bijoux perdus aux honnêtes citoyens de la ville. Ils me paient bien et je paie la bande.
(Je songe à baiser avec K. J’ai trop peur pour parler à des gens que je ne connais pas très bien je me fais baiser par D je n’ai pas eu d’amis proches depuis bien trop longtemps. Comment en terminer avec ce problème? Je pourrais descendre jusqu’à ma planque habituelle : je veux être seule. Ce serait mieux pour moi si je pouvais baiser avec quelqu’un/une avec qui je pourrais parler. Je dois cesser de me comporter comme si j’étais timide.)
Je contrôle ma bande de malfaiteurs et les moindres détails de mon art. Je me débarrasse de moi-même en tant que femme. La plus grande bande de pickpockets de Londres. Je décide de sacrifier la liberté d’action de chaque membre pour sa propre sécurité. Je ne peux pas diriger autrement la bande et, par-dessus tout, je suis un excellent homme d’affaires. Si un membre de ma bande se comporte mal, je l’envoie à la potence, je suis roi. Je récompense mes fidèles associés : je n’hésite jamais à sauver un ami de l’énorme ombre noire du nœud coulant du bourreau. Je ne commets jamais de meurtre de mes mains.
Telles sont mes actions : je commande un régiment de porteurs pour surveiller les portes des marchands de tissus ; à la première occasion ils emportent les livres de comptes et les registres des négociants. Pendant quelque temps, les négociants paient le prix fort pour récupérer leurs livres, je désapprouve la violence ; je ne m’intéresse qu’à l’argent. Je porte un pourpoint et un jupon, l’ostentation ne m’intéresse pas ; plus tard, pour mon confort, je porte un grand ciré hollandais. Si quelqu’un se met en travers de mon chemin, je tire mon épée tranchante. Personne ne m’arrête. Je ne fréquente que des repaires d’hommes et je suis célibataire. Je suis constamment ivre, beuglant et rugissant des obscénités ; personne ne peut dompter ma folie infinie, qui résonne dans rues grises et humides de la ville rieuse.
(Je travaille dur je n’arrive toujours pas à coucher avec qui je veux (1) on me refuse (2) je suis trop timide pour parler à qui que ce soit si je travaillais plus dur et devenais célèbre alors tout le monde coucherait avec moi je n’aurais pas à être si timide je suis fatiguée je veux être la Vierge Marie avec une barre de fer placée contre mon foutu con il y a en moi des bites rouges comme celles des chiens, des animaux filent à minuit des lièvres sur des motocyclettes adamantines je commence à hurler.)
Voici mes amis :
Capitaine Hind (1), l’ennemi permanent des régicides, il prétend avoir fait ce que j’ai fait. La célèbre Moll Sack (2 ) qui a fait les poches de Cromwell le légume sur le Mall. Crowder (3,) qui s’habille comme un évêque et vole l’argent des vrais pénitents quand ils lui confessent leurs péchés. Nous sommes loyaux envers les morts. Ralph Briscoe, le gardien de la prison de Newgate, et Gregory le Bourreau sont mes vrais amis ; ils ont déjà coupé leur bite pour moi. Ils remplissent des jurys, font suspendre le jugement de mes hommes quand je lève le petit doigt.
Je satisfais ma sexualité avec les animaux. Je donne à chacun de mes chiens un lit de camp, les protège du froid en les enveloppant dans des draps et des couvertures ; je leur donne une partie de la délicieuse nourriture de la bande. Des perroquets volent dans mes cheveux noirs, criaillent jusqu’à ce que je gratte leur cou rouge et jaune. J’imagine que je vole dans la nuit, en toupillant en hurlant en poussant des cris, je suis le vent ; personne ne peut m’arrêter ou faire quoi que ce soit d’autre que m’aimer.

*

Voici peut-être le plus attachant et le plus explosif des romans de Kathy Acker (1947-1997) que le lecteur avait découverte l'an dernier avec Sang et stupre au lycée. Bien qu'il s'agisse de son tout premier livre, cette autobiographie terriblement fantasmatique, à mi-chemin de L'Attrape-coeurs de Salinger et de La Métamorphose de Kafka, balaie et démultiplie l'identité de l'écrivain avec une fureur inégalée. Tour à tour perturbée et fascinée par ses délires, et ce depuis sa plus tendre enfance, elle se fait courtisane, prostituée, brigande, empoisonneuse. (Extrait de La Matricule des Anges)

*

Et le soir, un perroquet vole dans mes cheveux noirs, criaille jusqu’à ce que je lui bise le ventre bleu. J’imagine que je vole dans la nuit, en toupillant en hurlant en poussant des cris, je suis le vent ; personne ne peut m’arrêter ou faire quoi que ce soit d’autre que m’aimer.

Lorsque j'ai découvert cette auteure, il y a quelques années, il n'y avait rien sur Google, ni Wikipédia. Aujourd'hui, c'est bon, la France a découvert son oeuvre. Avital Ronell, philosophe que j'aime lire aussi lui a rendu hommage bien des fois. Notamment dans la compilation de textes théoriques sur l'art :  Fresh Theory 2 – Octobre 2006 – Editions Léo Scheer, dans son texte intitulé “Kathy Goes To Hell” - (Tombeau pour Kathy Acker)

Extrait par Avital Ronell : Acker a écrit au sujet de la mémoire et à la mémoire du sujet, dans In Memoriam to Identity : « ‘Ils vous enseignent des trucs débiles à l’université ; l’université n’est à souhaiter à personne.’ J’étais en colère, quoique sans savoir pourquoi. » Il y a quelque chose dans l’institution de l’enseignement qui a mis Acker en rogne – quelque chose qui, pour elle, renvoie à un cursus raisonné de la stupidité, à un sentier de la mémoire pris à contre-sens, à la poursuite de techniques de mémorisation et d’épuisement vital. Lieu d’élaboration d’un certain type de restriction cognitive, l’université était pour Acker une cible brouillée par le double projectile du désir et de la répulsion, de la curiosité et du mépris.
(...)
Malgré sa léthargie paralysante et imbécile, l’université représentait une menace pour l’exercice de promiscuité linguistique de Acker, menaçant à chaque instant de révoquer sa licence poétique ; l’université l’enserrait dans une camisole libidinale, amadouait la virulence de ses récits – mais, je nous mélange peut-être là, je suis peut-être en train de parler de moi. Rien ne pouvait calmer Kathy Acker, pas même les puissants tranquillisants institutionnels qu’elle désirait. Elle était à découvert, enseignant comme une sorte de vacataire, privée des avantages qui l’auraient sortie de sa crise médicale. Je ne me résoudrai jamais à l’idée que Acker ait dû endurer l’absence d’assurance maladie. Comme beaucoup d’Américains, elle n’avait pas d’assurance sociale. Chaque personne, chaque institution devrait avoir à répondre de l’avilissement qui lui fut infligé, scellant ainsi son sort. On sait que Kathy refusait toute police d’assurance pour garantir sa liberté de penser et d’écrire, pour se protéger contre les innombrables calamités intellectuelles. Mais c’est une autre histoire...

J'ai été touchée par la description de cette amitié entre ces deux femmes d'esprit. Il y a celle qui inspire et celle qui raisonne et cela résonne dans leur tête. La poésie s'infiltre dans tout ce qui a de plus discipliné, l'université et je suis du même point de vue que Acker, évidemment. Leur interdisciplinarité singulière a su, malgré la disparition d'Acker, traverser le temps. En tous cas, jusqu'aujourd'hui, à la piscine découverte.


lundi 2 août 2010

PRIÈRE


Capture sur GoogleMap de
The World  (archipel d'îles artificielles des Émirats arabes unis dont la construction en 2003 a été interrompue à cause de la crise financière de 2007-2009)

Si l'aura n'était plus ce qu'elle nous renvoyait au début de la photographie et du cinéma pour Walter Benjamin (son essai publié en 1935 : "L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique") quand est-il 75 années plus tard, aujourd'hui, en 2010 de ce point de vue ?
Si l'émancipation de cet essai critique et sans nostalgie (art sacré) par rapport aux arts dits traditionnels et l'avènement des oeuvres photographiques et cinématographiques et sans à priori sur la participation des masses (aliénation, marchandisation) fut pourtant long à prendre en modèle théorique (dans l'art) ; quand est-il aujourd'hui de notre rapport à Internet et l'art contemporain ?

Il y peu d'écrit sur l'esthétique lié aux outils d'aujourd'hui, écrits sur l'art, sur comment se fabrique l'art aujourd'hui (avec nos modes de pensée + transdisciplinaires) avec le style de Walter Benjamin : sans nostalgie ni à priori.

Le point de vue adopté dans les écrits sur le média de communication Internet, qui a radicalement changé notre "perception" de l'art et de l'identité, est souvent le même, il pointe les dangers (l'aliénation) et la médiocrité (perte de qualité) mais, me semble-t-il, peu d'observation claire et scintillante du monde virtuel dans notre réel et de notre gestuelle pour y parvenir, de l'usage de nos outils.

Avec les culturals-studies,

-courant de recherche à la croisée de la sociologie, de l'anthropologie culturelle, de la philosophie, de l’ethnologie, de la littérature, de la médiologie, des arts, etc. D'une visée transdisciplinaire, elles se présentent comme une "anti-discipline" à forte dimension critique, notamment en ce qui concerne les relations entre cultures et pouvoir. Transgressant la culture académique, les cultural studies proposent une approche "transversale" des cultures populaires, minoritaires, contestataires, etc. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Cultural_Studies)

, le point de vue de Walter Benjamin, aujourd'hui, serait ébranlé à son tour. Dans son essai, quelques auteurs majeurs d'une société, avant les techniques de reproduction étaient rares et avec la conscience des masses et de l'époque de sa reproductibilité technique sont devenus encore plus rares. Avec l'étude des cultures populaires et minoritaires, par leur approche transversale et transdisciplinaire, on peut se poser la question des modes d'élection, dans l'histoire, pour devenir un auteur. La pensée alors, réduite à l'exclusion de minorités, des femmes... avec une visée esclavagiste, ne pouvait alors qu'élire quelques rares auteurs dignes de représenter cette pensée.

Autre réflexion :

Il me semble que la question de l'aura, avec Internet, s'est retrouvé reprendre sa distance perdue dans les techniques de reproduction de l'époque de Walter Benjamin (photo-cinéma) La révélation de l'absence par l'accès à l'émiettement continu des images est bien ce qui nous sépare.

La séparation, cette mise à distance est activée à chaque illusion de la proximité que l'on a des choses. Si l'on y pense : la mosaïque consumériste nous pousse à plus de concentration et à l'isolement. Si l'on n'y pense pas, on reste groupé, massé, amassé sur un canapé (oui mais avec 'boisson à volonté')

Là commence le recueillement retrouvé, le culte de l'absence, d'après sa disparition.

Dans le voeux d'union, ne reste que la prière.

dimanche 21 mars 2010

V O I X

Tant de voix pour le mot voix. Trouver sa voix est la plus belle définition je trouve.

La voix de la sagesse
De vive voix
Obtenir des voix
La voix de la conscience
Élever la voix
La voix du perroquet
Demeurer sans voix
La voix publique
D'une voix unanime
Donner sa voix
Donner de la voix
Avoir de la voix

Le film "Les invisibles" de Thierry Jousse (2004) donne le ton :

"Bruno et son ami Noël créent de la musique électronique. Alors que Noël est un compositeur tempéré, Bruno ne semble exister qu’à travers les sons qu’il enregistre, mixe et compile à longueur de journée. Le duo est sur le point de signer un contrat avec une maison de disques quand Bruno tombe amoureux de la voix de Lisa, entendue sur un réseau téléphonique. Il passera plusieurs nuits avec la jeune femme avant qu’elle ne disparaisse de sa vie. Obsédé par les sons de ces nuits – qu’il a enregistrés – il va tenter d’en composer un morceau. Une aventure nocturne et musicale sur le chemin de la création."

Pour les créateurs et créatrices de sons, ce film restitue l'expérience musicale et la quête de l'oreille vers la matière sonore, invisible donc. Rares sont les films sur la recherche artistique, et le champ sonore en est un. Il est rare d'orienter une réalisation filmée sur une réalisation sonore et ses vas et viens entre les prises du réel, les échantillonnages, le tout dans une pénombre, signe de pudeur. L'histoire elle, à l'écoute des réseaux téléphoniques, de brouillage érotique dans lequel les amants d'un soir cherchent leurs voix, est une trame sentimentale qui tourne à l'obsession, à l'image de l'obsession d'un état de recherche en prise avec sa création. Ils s'appellent par pseudonymes et se trouvent par leur voix. Belle métaphore.

Le timbre de chaque voix donne une couleur au personnage. Voir l'acteur créer ses sons est jubilatoire car la façon de le montrer est organique et réflexive plutôt qu'une dépense énergique sur le phénomène du musicien qui ferait jaillir sa musique de son instrument, comme l'ouverture d'une bouteille de champagne, qui fait "plof" toute seule. Mais comme l'exprime le réalisateur, la musique électronique permet peut-être cet imaginaire développé, ces paysages sonores du quotidien  remixés, rythmés. Je les trouve parfois évasifs ou répétitifs, superposés et cacophoniques avec des grattages et caresses d'objets car l'oreille guide la main. Je vois des silences entrer comme d'autant de blanc accueillant les noirs, des plus insistants, stridents aux plus sourds, en tampon comme du gris très pâle sur du blanc grisé. Ce film m'a redonné l'envie de composer des sons, d'être au moins à l'écoute de tout ce que j'avais acquis et réalisé dans ce champ artistique. Et à ceux, sans expérience plastique ou synesthésique qui font encore autorité pour séparer les disciplines, sans mots, je dirais qu'ils passent à côté de la magie et des plus belles idées.

Je repense à la recherche artistique et cette concentration que peu (re)connaisse. N'ayant pas l'expérience du sensible, ils reprochent souvent aux artistes de ne rien faire. On demande des comptes aux artistes : Que faites-vous ? À quoi cela sert ? Prouvez-nous que l'on achète vos oeuvres, prouvez-nous que vous vous exposez à la critique (idiote) Etes-vous reconnus ? Publiez-vous ? Vous n'avez pas d'argent, mais alors travaillez comme tout le monde ! Bâtissez-vous un empire administratif afin de justifier de votre activité et peut-être d'obtenir de l'aide. Bref arrêtez de faire ce pourquoi vous êtes fait, en gros c'est ce que l'on entend souvent.
"Arrêtez de faire" (sous-entendu, faire n'importe quoi)
Dans ces conditions, être artiste est un état de résistance, parfois très discret, animé par d'intimes convictions secrètes, mais peut-être résolument tourné vers les belles choses.
 John Cage et Johannes Itten réunis, praticiens quasis théoriciens, ne pourraient rien prouver de plus. Ni Johanna Cage ni Johanna Itten. Il faut écouter sa voix.




lundi 23 novembre 2009

HORSE TRAILER STUDIOLO / MAKOTO YOSHIHARA


Dessin de la notice des haut-parleurs vibratoires (vibration speaker)

L'installation de Makoto Yoshihara diffuse des sons depuis des haut-parleurs sur la paroi interne du "Horse trailer studiolo" (un objet minimal et transparent de Denis Collet et Hyun Park qui nous fait penser à un véhicule pour transporter un cheval) L'élégant programme de Makoto est une nouvelle configuration de lOOp, jeu sonore et visuel toujours en évolution, qui prend un nouveau sens avec sa diffusion par l'intermédiaire des haut-parleurs vibratoires, comme 'ventousés' à l'intérieur de l'objet. Les haut-parleurs ont la faculté lorsqu'ils se posent sur une surface, un objet, que celui-ci devienne une caisse de résonance, le son est transmis par vibration sur la surface.


21 nov.-10 déc. 2009
Vernissage le 21 nov. 2009

Galerie ColletPark
203 bis, rue Saint-Martin
75003 Paris 3e
colletpark.com

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(source : PARIS-ART)

La galerie ColletPark lance un cycle d'expositions s'articulant autour d'une nouvelle stucture autonome intitulée Horse Tailer Studiolo. La première exposition de ce cycle est consacrée au travail de Makoto Yoshihara. A cette occasion l'artiste Japonais réalise in-situ un projet d'expériences sonores intitulée lOOP-11/2009. Horse Tailer Studiolo est un étrange espace alternatif; un objet tranversal que Makoto Yoshihara entraîne dans une dérive psychosémiotique. Les sons diffusés par l'intermédiaire de Vibration speakers plaqués sur les parois de verre du Horse Trailer Studiolo investissent et contaminent l'objet et l'espace pour en faire un nouvel objet sonore. Les sons éléctroacoustiques de la composition séquentielle et aléatoire de Makoto Yoshihara traversent l'obstacle Horse Tailer Studiolo, leur plasticité et leur scintillement synthétique sont perçus comme un substrat imaginaire au mouvement. Horse Trailer Studiolo a été fondé en novembre 2009 par Denis Collet et Hyun Park.

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Voici une photo de l'installation prise par Makoto, visible sur son blog. Elle est bien meilleure que celles que j'avais prises sur place au vernissage de cette belle exposition. Un beau moment et une belle occasion de nous réunir, membres du collectif Téléférique, qui est toujours quelque part parmi nous. Voici ce que l'on peut lire sur le papier de la galerie avec une bio de Makoto  :

Installé à Paris depuis 1988, Makoto Yoshihara a suivi ses études à l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris dans l'atelier de Christian Boltanski et Paul-Armand Gette. Il est créateur d'interfaces musicales (comme lOOp ou bOOm) et membre administrateur de Téléférique (période 1999-2002) qui est à la fois bureau collectif en réseau et site d'art contemporain (créé en mars 1999 par Étienne Cliquet et Sonia Marques) ou des formes de diffusion, de production et d'archivage sont expérimentés et mis gratuitement à disposition des internautes. Makoto participe régulièrement à des démo-concerts lives au cours desquelles il réalise des compositions électroacoustiques.

Quelle coïncidence, à ce moment ou je quitte mon habitation réelle, celle qui a accueillie en 1999, l'association, le groupe Téléférique parfois, l'habitation virtuelle de toute une épopée ! 10 ans déjà et ce soir, pour l'exposition de Makoto, nous étions, le bureau de Téléférique (Étienne et moi avec Makoto et Robin), une fois de plus réunis, autours d'un verre, puis d'un dîner. Si les inventions et les innovations du groupe n'ont pas encore trouvé leur véritable reconnaissance, notre mémoire, notre histoire à chacun s'en souvient... Démos ou réunions sympathiques ? Quelque chose de rare, qui ne tient qu'à un fil : Téléférique.

Voici une photo, réalisée par Aki Ikemura, avec je pense, l'appareil magique de Makoto.


Les membres du groupe Téléférique réunis à la galerie ColletPark à Paris, lors de l'exposition de Makoto Yoshihara. De gauche à droite : Robin Fercoq, Laure Ancel, Étienne Cliquet, Sonia Marques, Makoto Yoshihara

lundi 19 octobre 2009

COEUR TOUT BLANC

J'écoute Barbara, j'aime certaines de ses chansons qui sonnent dans mon monde contemporain comme des poèmes audacieux et fiers, uniques. Et puis je pense à Denise Glaser, elles se ressemblent dans des domaines différents. Et je note que l'une a aidé l'autre. Je sais, par le DVD Discorama (merci l'apache) qu'elle n'a pas été remerciée de sa carrière de défricheuse. Si son élégance a manqué de respect dans la mémoire de ses comparses, dans la mienne, son parcours est remarquable. Leurs portraits aux deux femmes sont comme des dessins à l'encre de Chine, maîtrisés, maquillés, minimaux, et leurs mots sont choisis, entrecoupés de silence, ce qu'il nous faut d'espace pour absorber les pleins offerts. Et il y a une retenue, celle qui laisse peut-être, la place aux autres, aux débutants, aux ignorants, qui ne demandent qu'à grandir, sans ombre...

Denise Glaser (1920-1983) était une productrice et présentatrice de télévision française.  Discorama était une émission de télévision musicale et culturelle française créée et présentée par Denise Glaser, et diffusée chaque dimanche à 12h30 jusqu'au 5 janvier 1975 sur la première chaîne de la RTF puis de l'ORTF (source : Wikipedia)


Photo de Denise Glaser

*

Avec l’arrivée de la gauche en 1981, l’espoir renaît. Pourtant aucun producteur ne lui redonnera sa chance. Seules seront présentes à Valenciennes pour ses obsèques au cimetière Saint-Roch Catherine Lara et Barbara. Denise Glaser laissera derrière elle plus de 350 heures d’enregistrements (Source : Wikipedia)

*


Dressing Room Caption: 17th September 1965: French singer Barbara (Monique Serf) listens to a radio on headphones in her dressing room which is decorated with flowers and telegrams are pinned to the wall. (Photo by Reg Lancaster/Express/Getty Images)

Barabara (Monique Andrée Serf) est une chanteuse, auteur-compositeur-interprète française née à Paris, le 9 juin 1930 et morte à Neuilly-sur-Seine, le 24 novembre 1997. Sa poésie lyrique et la profondeur de l’émotion que dégageait sa voix lui assurèrent un public qui la suivit pendant quarante ans.

Paroles de la chanson : Ma plus belle histoire d'amour c'est vous

Du plus loin que me revienne
L'ombre de mes amours lointaines
Du plus loin du premier rendez-vous
Du temps de mes premières peines
Lors j'avais quinze à peine
Coeur tout blanc et griffes aux genoux
Que ce fût, j'étais précoce
De tendres amours de gosse
Ou les morsures d'un amour fou
Du plus loin qu'il m'en souvienne
Si depuis j'ai dit "je t'aime"
Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous

C'est vrai je ne fus pas sage
Et j'ai tourné bien des pages
Sans les lire, blanches et puis rien dessus
C'est vrai je ne fus pas sage
Et mes guerriers de passage
A peine vus, déjà disparus
Mais à travers leurs visages
C'était déjà votre image
C'était vous déjà et le coeur nu
Je refaisais mes bagages
Et poursuivais mon mirage
Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous

Sur la longue route qui menait vers vous
Sur la longue route j'allais le coeur fou
Le vent de décembre me gelait au cou
Qu'importait décembre, si c'était pour vous

Elle fut longue la route
Mais je l'ai faite la route
Celle-là qui menait jusqu'à vous
Et je ne suis pas parjure
Si ce soir je vous jure
Que pour vous je l'eus faite à genoux
Il en eu fallu bien d'autres
Que quelques mauvais apôtres
Que l'hiver et la neige à mon cou
Pour que je perde patience
Et j'ai calmé ma violence
Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous

Mais tant d'hivers et d'automnes
De nuits, de jours et personnes
Vous n'étiez jamais au rendez-vous
Et de vous perdant courage
Soudain me prenait la rage
Mon Dieu que j'avais besoin de vous
Que le Diable vous emporte
D'autres m'ont ouvert leur porte
Heureuse, je m'en allais loin de vous
Oui, je vous fus infidèle
Mais vous revenais quand même
Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous

J'ai pleuré mes larmes
Mais qu'il me fut doux
Oh ! Qu'il me fut doux
Ce premier sourire de vous
Et pour une larme qui venait de vous
J'ai pleuré d'amour, vous souvenez-vous?

Ce fut un soir en septembre
Vous étiez venus m'attendre
Ici même vous en souvenez-vous?
A nous regarder sourire
A nous aimer sans rien dire
C'est là que j'ai compris tout à coup
J'avais fini mon voyage
Et j'ai posé mes bagages
Vous étiez venus au rendez-vous
Qu'importe ce qu'on peut en dire
Je tenais à vous le dire

Ce soir je vous remercie de vous
Qu'importe ce qu'on peut en dire
Tant que je pourrai vous dire
Ma plus belle histoire d'amour
C'est vous

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