
Photographie de Sonia Marques de chaussons de Turquie
(Exposition "Regards sur la Turquie" au Pavillon du Verdurier à Limoges)
Une successions de lien dans ma limousine... Jeux de mots, mais je n'ai pas ce manteau ni cette voiture ;.) Par contre en Limousin vit depuis des siècles une tradition de maçons et tailleurs de pierre migrants. Je note dans ma limousine ces étymologies, petits sucres dans mon cerveau de plume. Si le limousin est un habitant de la région du même nom, la limousine aussi (en plus d'être une race bovine, un manteau de laine et une voiture de luxe), composée des trois départements Corrèze, Creuse et Haute-Vienne. Le limougeaud et la limougeaude sont les habitants de la ville de Limoges... Je fais là un peu de limosinage avec les mots, comme un ouvrage de maçonnerie...
Avec ma limousine, je visite le Pavillon du Verdurier de Limoges car je suis attirée par la scénographie de cartographies, ce sont celles de l'exposition itinérante "Regards sur la Turquie", car c'est la saison de la Turquie en France. Elle présente le travail de deux cartographes renommés, Piri Reis, qui dédicaça le "Kitab-i Bahriye" (Livre sur la Navigation) au Sultan Soliman le Magnifique et Katip çelebi, dont le livre intitulé "Cihannuma" (Vison du monde), a conduit à l'établissement d'une nouvelle école de cartographie (Ici une carte de Piri Reis)
Et puis je vais à la belle médiathèque (de l'architecte Pierre Riboulet, né à Sèvres de famille modeste, ouvrière, dans la maçonnerie, un père peintre en bâtiment qui vient de la Creuse et monte à Paris, accueilli par la diaspora limousine de la capitale, qui ouvre l'atelier de Montrouge) Sa biographie ici.

Photographie de Sonia Marques : La médiathèque de Limoges
Ici il y a des anges qui aiment le silence comme dans le film de Wim Wenders "Les Ailes du désir" (Himmel über Berlin) sorti en 1987. La vision que j'ai eu était celle-ci, une scène dont je me souviens du film qui se tramait à la Staatsbibliothek de Berlin. Bref, je vais à la médiathèque car Pascal Plas, (spécialiste d'histoire contemporaine (XIXe-XXe siècles), correspondant
de l'Institut d'Histoire du temps présent (CNRS), directeur de la revue
"Histoire-Mémoires", a donné une conférence sur "Roger Gonthier, un architecte dans la ville, Limoges, 1914-1939".
Ah ! Roger Gonthier n'a pas de page sur Wikipédia (!?) sans doute car son oeuvre est bien plus considérable qu'on ne le croit. C'est ce que l'historien a développé. Architecte de la gare des Bénédictins, "Il fut l'architecte de l'habitat social de l'entre deux guerres (cité des Coutures, cité jardin de Beaublanc, cité Casimir-Rançon) mais aussi le constructeur de bâtiments industriels et commerciaux. Incontestablement l'homme mérite une redécouverte."
Ce qui m'intéressait c'est de revenir à ce Pavillon du Verdurier du début de ce texte.


Photos de Sonia Marques : Pavillon du Verdurier (Décembre 2009)

Photos de Sonia Marques : La gare des Bénédictin et le bassin du jardin de juillet (Décembre 2009)
Roger Gonthier, né en 1884, avec sa vingtaine d'année va s'occuper de la gare de Limoges, en même temps qu'il est en licence de droit, qu'il étudie encore. Puis au fur et à mesure des années (de la première guerre) il endosse plusieurs casquettes : architecte urbaniste, architecte d'intérieur, architecte du logement social et architecte paysagiste. Le pavillon du Verdurier est alors un pavillon frigorifique : un gigantesque frigo qui abrite des carcasses de viandes congelées, importées d'Argentine. Une boucherie géante qui sert d'entrepôt et de vente. On peut comparer la coupole à celle de la gare des Bénédictins. Les deux céramistes Genti & Bourdet (de Boulogne Billancourt) font de cet édifice un travail remarquable et soigné qui donne à ce Pavillon une allure Art Déco (pdf explicatif ici) Les fresques et la frise à l'intérieur, sont de Françis Chigot, maître verrier de la ville. Et aujourd'hui, ce lieu accueille des expositions. La gare est impressionnante, surélevée sur les voies et fut l'objet de multiples projets et dessins (A, B, C, D ,E ,F, G) avec débats publics à la mairie jusqu'à ce que le dernier obtienne l'approbation. Je me suis dit que la lettre G était celle de Gonthier, ainsi avaient-ils tous trouvé un accord à cette lettre... mais ce n'est que le fruit de mon imagination ;.)
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À la médiathèque, une exposition prenait place, 'Esprit porcelaine' du nom du groupe de créateurs céramistes qui fête ses 25 ans. Voici quelques photographies prises sur place :

Jean-Louis Puivif "Gouttes" (Paravent)

Guy Meynard "Chic planète", 1990

Joon-Hyun Park "Origami" (lampes)
La porcelaine est un médium magique et sensuel, il traverse les années avec aisance et ne date pas les réalisations. J'ai croisé un photographe, avec un matériel bien plus sophistiqué que le mien, mais qui semblait lui demander des torsions supplémentaires, qui m'a dit : "C'est beau, on en mangerait" Oui il y a ce côté dessert, associé aux arts de la table le plus souvent, mais pas seulement. Et le blanc est une 'chic planète' pour reprendre le titre d'un service présenté, qui d'un coup, nous fait penser au tube musical des années 80 de l'affaire Louis trio. Deux femmes se sont mises à chanter :
"Amis Terriens, Amies Terriennes, Han han, Regardez la boule qui roule sous nos pieds, Comment elle tient, quoiqu'il advienne, Han han, Parce qu'on y tient et qu'on est tous dessus, Chic planète, dansons dessus, oh oh oh..."
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Dans ma limousine, j'ai pris des photos de l'exposition "Modèlisme" au FRAC,
Fonds Régional d'Art Contemporain de Limoges.
Les exposants : Thomas Bayrle / Jean-Marc Berguel / Sylvain Bourget / Chris Burden / Laurent Chambert / Delphine Coindet / Jordi Colomer / Kristina Depaulis / Georg Ettl / Peter Hutchinson / Mathias Le Royer / Andrew Lewis / Didier Marcel / Stephen Marsden / Norton Maza / Juan Muñoz / Miguel Palma / Joan Rabascall / Thomas Schütte / Tatiana Trouvé / James Turrell / Jean-Pierre Uhlen
Didier Marcel (né en 1962), "Sans titre", 1992_94
Stephen Mardsen (né en 1962), "Hommage à Hamish Krapuk 1914-1941", 1998
Laurent Chambert, "Microscope - Les Coopérateurs (Mic-02)", 2003
Norton Maza (né en 1971) "La necesidad de jugar", 1996
Le FRAC a un fond impressionnant d'oeuvres. Dommage que les expositions ne tournent pas plus souvent. Mais
un catalogue en ligne est disponible (1271 oeuvres, 311 artistes !) Un lien vers une micro-liste de sites Internet d'une poignée d'artistes est accessible
ici. Cela permet de voir quels sont les artistes qui comprennent ce média, Internet, et l'utilisent pour valoriser leur parcours. Peu ou prou en font un usage artistique. Et certains sites n'existent plus. 2010 (?)
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Ce début de semaine, je découvrais le séminaire "terre et patrimoine" programmé à l'École Nationale Supérieure d'Art de Limoges, (dans laquelle je viens d'être nommée professeur, dédié à la création multimédia, avec également les nouveaux professeurs, Catherine Geel (histoire du design) et Olivier Sidet (design) (Nous donnerons chacun une conférence sur notre parcours prochainement) Ce séminaire est le second et un troisième est en préparation, car l'école s'engage dans une refonte des contenus de ses enseignements qui
définissent une identité spécifique de l'établissement.
J'ai pu assister à l'intervention de Catherine Rannou, qui est artiste et architecte. Elle poursuit un travail de recherche en collaboration avec l'Institut Polaire Français (IPEV), un laboratoire scientifique de glaciologie (LGGE), l'Australian Antarctic Division (AAD) et un bureau d'études techniques T.E.S.S., sur le continent antarctique, initié en 2006 lors d'une résidence d'artiste "art aux pôles" dans la station polaire française Dumont d'Urville. Elle nous a montré son projet de balises numériques 32K et explicité son parcours, femme artiste et architecte au milieu des scientifiques et du 'whiteout' (espace complètement blanc) avec un regard libre et critique sur ses expéditions et son implication d'artiste d'une part et d'architecte de l'autre (qui répond à des usages, abrite des gens) J'ai relevé l'expression "le ministère à ski" (la prise en charge par l'état)

© Dessin de Catherine Rannou
Ces dessins de trajets dans la station, sont comme des éloges de la lenteur dans ces cartographies (un article en lien de BMK) Il y aussi un travail de dessins de mémoire, d'après des récits et interviews. Ses réflexions sur la conquête d'un territoire et les habitats développés visibles par les bases, un monde de mécaniques (des containers qui les urbanisent) étaient révélées par les prises de vue et l'analyse des usages, une l'histoire de la logique des stockages et des transports. La pollution de ces espaces est révélée par l'espace blanc. En tant qu'artiste, je ne pouvais m'empêcher d'associer cette neige avec l'espace de la galerie (référence au "White cube") J'imaginais que c'était une page blanche, une feuille de dessins ou chaque trace devenait un signe, que la feuille blanche devenaient un espace d'exposition ou chaque objet, véhicule, container, s'inscrivait ("noir sur blanc") comme un signe, chaque intervention de l'humain devenait "extrêmement" visible. L'acte compétitif s'inscrivait sur ce whiteout comme une marque, impossible à dissimuler. L'être humain transporte son monde et ses repères, ses drapeaux avec lui, ses infrastructures, ses compétitions, ses industries, et il cartographie ensuite, il dessine.
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Puis, entre autres, Rémy Tejo est venu présenter ses activités de designer, né en 1960, un des pionniers du groupe hollandais de design Droog ; qu'il quitte pour collaborer avec Rene Veenhuizen pour créer remy/veenhuizen. Il a fait ses études à la Utrecht School of the Arts, école hollandaise dont Catherine Geel nous a présenté, lors de ce séminaire, le fonctionnement, les modèles (une réflexion sur la terre hollandaise, le terroir, l'identité, la tradition comme maturation, l'attitude romantique, les racines historique de l'ascétisme protestant, le pragmatisme et la différence avec les autres écoles, italiennes... Mon résumé est très approximatif)
Droog veut dire "sec" en hollandais.

© Rémy Tejo "Commode, Chest of Drawers", 1991

© Rémy Tejo "Playground Fence", 2007

© Rémy Tejo
La réponse de Rémy Tejo aux questions (tout en anglais) des étudiants basés sur la fabrication de ses objets, entre autres, portait souvent le mot "glue" dedans. Je l'ai d'un coup d'un seul nommé 'mister glue' car son inscription dans l'espace (de l'amphithéâtre pour la conférence) était teintée d'humour et de pragmatisme. Ses visuels parlent d'eux-mêmes. Si j'avais eu l'audace de poser la mienne, elle aurait été sur son nom 'Tejo', qui de mon point de vue, veut dire 'Tage' en portugais.
Synthétique et communiquant. Affaires à suivre.
Bientôt le prestigieux Andrea Branzi, vient faire une conférence à L'ENSA, architecte et designer italien (né en 1938) qui a fait partie du groupe de Memphis dans les années 80 (avec Ettore Sottsass, disparu en 2007)