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Blog Kiwaïda

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dimanche 15 août 2010

SAKINEH


Photographie tirée d'une mobilisation à Londres contre la lapidation

Il n'y a pas de mot pour les actes de barbarie sous couvert de justice. Ici "la mort par lapidation" est une sentence qui existe et est toujours d'actualité en Iran. Cela a fait le tour du monde (Canada, Suède, Angleterre, France...) Sakineh Mohammadi Ashtian, 43 ans,  a été accusée d'avoir eu deux relations amoureuses hors mariage et avait déjà été punie par 99 coups de fouet administrés en présence de l’un de ses deux enfants. Cet adultère, considéré comme un crime en Iran, elle l’a avoué, sous la torture, publie le journal Libération. Les associations des droits de l'homme sont mobilisés, l'opinion Internationale est touchée, Wikipédia restitue l'historique de cette affaire à son nom depuis 2006. Une militante des droits de la personne citée par le Guardian dit être informée de 12 cas de femmes qui font face à la lapidation. Depuis le début de l'année, plus de 100 personnes ont été tuées par lapidation en Iran. Embarrassé par la désapprobation internationale, le pays a rarement pratiqué des lapidations publiques ces dernières années.

Mais qu'est-ce que cet acte crapuleux de lapider ? Une méthode d'exécution de torture. Radio Canada, dans son article de juillet dernier nous donne des détails :

 En vertu de la charia appliquée en Iran, un individu condamné à la lapidation doit être enterré jusqu'au cou dans le cas d'une femme et jusqu'à la taille dans le cas d'un homme. Ceux qui assistent à l'exécution sont appelés à jeter eux-mêmes des pierres. Si le condamné réussit à s'extirper du trou, la sentence est commuée.

L'injustice de cette affaire est d'autant plus révoltante que le verdict a été rendu en vertu d'une disposition de la loi iranienne qui permet aux juges, en l'absence de preuves concluantes, de déterminer de manière subjective, et parfois arbitraire, si un accusé est coupable ou innocent.

Le 1 aout 2010, le président du Brésil, Lula,  a offert l'asile à Mme Ashtiani. Le 3 aout 2010, l'offre était rejetée par Téhéran : le New York Times indique qu'un porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a précisé que le président Lula ne disposait pas de toutes les informations sur cette affaire. Il y a quelques jours, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton mentionne Mme Ashtiani dans une déclaration où elle exhorte l'Iran à respecter les libertés fondamentales de ses citoyens.
L'évolution des droits des femmes en Iran, dans l'histoire est plein de bouleversements et de retournement de situation (Lire ici) Mais c'est souvent un signal d'alerte pour le monde : celui qui nous dit que les droits de l'homme et de la femme reculent, régressent.

La famille se fait juge aussi des histoires d'amour et censeur et la société complice voyeuse : En 2007, Du’a Khalil Aswad, une jeune fille de 17 ans membre d'une tribu de Yézidi, non musulmane, fut lapidée à mort au Kurdistan irakien à la demande de son oncle car celle-ci était tombée amoureuse d'un musulman. Ce lynchage qui en l'occurrence ne se réfère pas du droit musulman, a été fait en présence de policiers du gouvernement régional du Kurdistan autonome. Toute la scène a été filmée à l'aide de téléphones portables et diffusée sur Internet (Source : Wikipedia)

Pétition contre la lapidation : http://www.stopthestoning.com/Petition/index.php?dil=French

1 MILLION DE SIGNATURES CONTRE LA LAPIDATION

A l’aube du 21ème siècle les massacres  et les exactions perpétrés à l’encontre des femmes se perpétuent,  ouvertement où dans l’ombre. Nous savons que le sort des femmes et le respect de leurs droits donne la mesure du niveau de démocratie d’une société. Malheureusement   aujourd'hui les femmes sont  victimes d’un bout à l’autre de la planète de persécutions et de meurtres.

Elles sont poursuivies, jugées, condamnées au nom de la religion, au nom des traditions, au nom de de lois rétrogrades. La sentence la plus  abominable est la lapidation. Des femmes  accusées d'adultère sont condamnées à mort par jet de pierres. Cette atrocité  est encore légale et pratiquée dans de nombreux  pays tels que  l'Iran, l'Afghanistan, l'Afrique, le Pakistan et l'Arabie Saoudite, bien que ces Etats se réclament et soient signataires de conventions internationales.

Au nom de la défense des droits humains fondamentaux  au nom des droits des femmes à la liberté, à la sécurité, à la dignité, à l’intégrité, nous disons NON à l’oppression des femmes, NON au contrôle de leur corps et de leur vie, et à sa manifestation extrême, la lapidation.

Nous demandons l’interdiction immédiate de cette pratique inhumaine et  exigeons qu’elle soit  reconnue comme crime contre l'Humanité.

Nous en appelons aux Nations Unies et aux Institutions internationales, d’une part pour faire pression sur les Etats qui légitiment la lapidation. afin qu’ils la criminalisent, d’autre part pour  engager  des campagnes de sensibilisation sur cette question.




lundi 9 août 2010

LA VIE ENFANTINE DE LA TARENTULE NOIRE


Kathy Acker (New York, 1984 ? Pas trouvé le nom du ou de la photographe...)



La Vie enfantine de la tarentule noire
, par la tarentule noire de Kathy Acker Traduit de l'anglais (États-Unis) par Gérard-Georges Lemaire, Désordres/Laurence Viallet (2006)

Extrait du livre de Kathy Acker, lu à la piscine découverte... le pied !

Je suis née folle dans le Barbican, quatre ans après la défaite de l’invincible Armada. Je décide immédiatement de faire ce que je veux : vivre des aventures de bandit de grand chemin plutôt que de papoter avec une poignée de menteuses, me bagarrer avec un gourdin clouté, détruire chaque fichue pique qu’on tente de me lancer. Je suis la dame ourse, les yeux couverts de cuir, la reine de la chicane des joyaux des taudis. Si j’étais un homme, je rejoindrais les hommes du colonel Downe sur la route ; je naviguerais jusqu’aux territoires espagnols avec du velours noir sur mon œil gauche du velours noir sur mon entrejambe. Les combats de chiens, dans le Bear Garden (1), sont et resteront mon sport préféré. J’apprends à combattre, à m’armer de bâtons, de toutes les manières, à prendre soin de moi-même. Mon père est un tailleur idiot.
Mon père me hait, me dit que je dois être une femme et me faire engager chez un respectable sellier. Tout ce dont il a envie c’est de me violer. Je refuse. Le salopard s’arrange pour me faire enlever par ses amis, me fait jeter dans le donjon d’un navire qui appareille pour la Virginie. Je suis une esclave. Je reste assise pendant une heure parmi les rats, sur le plancher froid ; je vois une lumière filtrer à travers une fissure de la porte, je bande mes muscles, mes liens cèdent ; je jette un coup d’œil à l’en-tour, je m’échappe. Je me précipite directement vers le Bear Garden.
(Je ne me rappelle rien de ma prime enfance. Un docteur marron dit à ma mère qu’elle doit tomber enceinte pour bien se porter deux jours après elle tombe enceinte elle m’a et elle a l’appendicite. Je hais tout le monde ; tout le monde me hait. Je ne sais pas comment parler aux autres ni comment me faire des amis. Je suis plus sauvage et plus étrange que tous ceux que je connais ; mon père légume veut que je sois un gaçon et je ne veux rien être. Ma mère refuse de me dire qui est mon père.
(Je rencontre un cinéaste crève-la-faim c’est la première personne à laquelle je m’identifie je décide que je serai écrivain. Je ne veux pas être comme mes amies riches, alors je mourrai. Mes parents veulent me marier à un richard et se débarrasser de moi une fois que j’aurai épousé ce plouc caractérisé. Je ne peux pas les blairer non plus. Je veux être une motarde sexy et baraquée portant du cuir argenté sur une BMW et ne me laisser emmerder par personne.)
Je fréquente les détrousseurs et les brigands de la ville. L’âge d’or de la soustraction de bourses. Ils inventent les poches. Le gros fonce dans le pigeon, sème la pagaille. Le malandrin extraie l’argent de ses longs doigts agiles, passe le butin à son complice qui s’éclipse avant que quiconque crie de terreur.
Malheureusement ou heureusement, je suis une piètre voleuse. Mes mains sont modelées pour le gourdin clouté et l’épée, pas pour des opérations aussi intelligentes et délicates. Je risquerai ma vie librement comme tout esclave, mais c’est pénible. Je rêve que je suis dans la chambre noire, le donjon ; les rats courent sur mon con, mordillent tout mon corps ; je hurle, je hurle et je hurle.
(Je fais des cauchemars toutes les nuits. Environ une fois par semaine je pénètre dans la bibliothèque balance tous les livres des étagères je me trouve parmi des objets déplacés qui disparaissent je perds conscience pendant deux semaines puis je comprends que j’ai perdu conscience. Je suis reine parce que je baise beaucoup je ne me laisse atteindre par personne. Je fume beaucoup de joints de façon à pouvoir m’endormir. Parfois je suis extatique je dévale en dansant des collines pentues je ne peux m’arrêter de rire.
(Je quitte mes parents, puis mon mari, ma carrière. Je ne suis pas très douée pour gagner de l’argent. J’ai deux problèmes principaux : (1) comment gagner deux cents ou trois cents dollars par mois pour manger, payer le loyer, sans devenir un robot et en gardant mes vêtements sur le dos (2) faire ce que je veux, ce qui est réel, s’approcher de la réalité. Fin de ma vie.)
Je crois en la noblesse : prenant la défense de mes amis, risquant ma vie, quand c’est nécessaire : la dernière trace de ma féminité, une sorte d’instinct maternel, m’aide à résoudre les disputes de la bande. J’agis avec gentillesse et austérité ; pas une fçade, mais moi. J’essaie de me représenter ce qu’est la réalité. Je commence à préparer les vols et je deviens le receleur, pas le commanditaire ; la bande ne me chasse pas. Je dois mieux me protéger. Je rends leurs bijoux perdus aux honnêtes citoyens de la ville. Ils me paient bien et je paie la bande.
(Je songe à baiser avec K. J’ai trop peur pour parler à des gens que je ne connais pas très bien je me fais baiser par D je n’ai pas eu d’amis proches depuis bien trop longtemps. Comment en terminer avec ce problème? Je pourrais descendre jusqu’à ma planque habituelle : je veux être seule. Ce serait mieux pour moi si je pouvais baiser avec quelqu’un/une avec qui je pourrais parler. Je dois cesser de me comporter comme si j’étais timide.)
Je contrôle ma bande de malfaiteurs et les moindres détails de mon art. Je me débarrasse de moi-même en tant que femme. La plus grande bande de pickpockets de Londres. Je décide de sacrifier la liberté d’action de chaque membre pour sa propre sécurité. Je ne peux pas diriger autrement la bande et, par-dessus tout, je suis un excellent homme d’affaires. Si un membre de ma bande se comporte mal, je l’envoie à la potence, je suis roi. Je récompense mes fidèles associés : je n’hésite jamais à sauver un ami de l’énorme ombre noire du nœud coulant du bourreau. Je ne commets jamais de meurtre de mes mains.
Telles sont mes actions : je commande un régiment de porteurs pour surveiller les portes des marchands de tissus ; à la première occasion ils emportent les livres de comptes et les registres des négociants. Pendant quelque temps, les négociants paient le prix fort pour récupérer leurs livres, je désapprouve la violence ; je ne m’intéresse qu’à l’argent. Je porte un pourpoint et un jupon, l’ostentation ne m’intéresse pas ; plus tard, pour mon confort, je porte un grand ciré hollandais. Si quelqu’un se met en travers de mon chemin, je tire mon épée tranchante. Personne ne m’arrête. Je ne fréquente que des repaires d’hommes et je suis célibataire. Je suis constamment ivre, beuglant et rugissant des obscénités ; personne ne peut dompter ma folie infinie, qui résonne dans rues grises et humides de la ville rieuse.
(Je travaille dur je n’arrive toujours pas à coucher avec qui je veux (1) on me refuse (2) je suis trop timide pour parler à qui que ce soit si je travaillais plus dur et devenais célèbre alors tout le monde coucherait avec moi je n’aurais pas à être si timide je suis fatiguée je veux être la Vierge Marie avec une barre de fer placée contre mon foutu con il y a en moi des bites rouges comme celles des chiens, des animaux filent à minuit des lièvres sur des motocyclettes adamantines je commence à hurler.)
Voici mes amis :
Capitaine Hind (1), l’ennemi permanent des régicides, il prétend avoir fait ce que j’ai fait. La célèbre Moll Sack (2 ) qui a fait les poches de Cromwell le légume sur le Mall. Crowder (3,) qui s’habille comme un évêque et vole l’argent des vrais pénitents quand ils lui confessent leurs péchés. Nous sommes loyaux envers les morts. Ralph Briscoe, le gardien de la prison de Newgate, et Gregory le Bourreau sont mes vrais amis ; ils ont déjà coupé leur bite pour moi. Ils remplissent des jurys, font suspendre le jugement de mes hommes quand je lève le petit doigt.
Je satisfais ma sexualité avec les animaux. Je donne à chacun de mes chiens un lit de camp, les protège du froid en les enveloppant dans des draps et des couvertures ; je leur donne une partie de la délicieuse nourriture de la bande. Des perroquets volent dans mes cheveux noirs, criaillent jusqu’à ce que je gratte leur cou rouge et jaune. J’imagine que je vole dans la nuit, en toupillant en hurlant en poussant des cris, je suis le vent ; personne ne peut m’arrêter ou faire quoi que ce soit d’autre que m’aimer.

*

Voici peut-être le plus attachant et le plus explosif des romans de Kathy Acker (1947-1997) que le lecteur avait découverte l'an dernier avec Sang et stupre au lycée. Bien qu'il s'agisse de son tout premier livre, cette autobiographie terriblement fantasmatique, à mi-chemin de L'Attrape-coeurs de Salinger et de La Métamorphose de Kafka, balaie et démultiplie l'identité de l'écrivain avec une fureur inégalée. Tour à tour perturbée et fascinée par ses délires, et ce depuis sa plus tendre enfance, elle se fait courtisane, prostituée, brigande, empoisonneuse. (Extrait de La Matricule des Anges)

*

Et le soir, un perroquet vole dans mes cheveux noirs, criaille jusqu’à ce que je lui bise le ventre bleu. J’imagine que je vole dans la nuit, en toupillant en hurlant en poussant des cris, je suis le vent ; personne ne peut m’arrêter ou faire quoi que ce soit d’autre que m’aimer.

Lorsque j'ai découvert cette auteure, il y a quelques années, il n'y avait rien sur Google, ni Wikipédia. Aujourd'hui, c'est bon, la France a découvert son oeuvre. Avital Ronell, philosophe que j'aime lire aussi lui a rendu hommage bien des fois. Notamment dans la compilation de textes théoriques sur l'art :  Fresh Theory 2 – Octobre 2006 – Editions Léo Scheer, dans son texte intitulé “Kathy Goes To Hell” - (Tombeau pour Kathy Acker)

Extrait par Avital Ronell : Acker a écrit au sujet de la mémoire et à la mémoire du sujet, dans In Memoriam to Identity : « ‘Ils vous enseignent des trucs débiles à l’université ; l’université n’est à souhaiter à personne.’ J’étais en colère, quoique sans savoir pourquoi. » Il y a quelque chose dans l’institution de l’enseignement qui a mis Acker en rogne – quelque chose qui, pour elle, renvoie à un cursus raisonné de la stupidité, à un sentier de la mémoire pris à contre-sens, à la poursuite de techniques de mémorisation et d’épuisement vital. Lieu d’élaboration d’un certain type de restriction cognitive, l’université était pour Acker une cible brouillée par le double projectile du désir et de la répulsion, de la curiosité et du mépris.
(...)
Malgré sa léthargie paralysante et imbécile, l’université représentait une menace pour l’exercice de promiscuité linguistique de Acker, menaçant à chaque instant de révoquer sa licence poétique ; l’université l’enserrait dans une camisole libidinale, amadouait la virulence de ses récits – mais, je nous mélange peut-être là, je suis peut-être en train de parler de moi. Rien ne pouvait calmer Kathy Acker, pas même les puissants tranquillisants institutionnels qu’elle désirait. Elle était à découvert, enseignant comme une sorte de vacataire, privée des avantages qui l’auraient sortie de sa crise médicale. Je ne me résoudrai jamais à l’idée que Acker ait dû endurer l’absence d’assurance maladie. Comme beaucoup d’Américains, elle n’avait pas d’assurance sociale. Chaque personne, chaque institution devrait avoir à répondre de l’avilissement qui lui fut infligé, scellant ainsi son sort. On sait que Kathy refusait toute police d’assurance pour garantir sa liberté de penser et d’écrire, pour se protéger contre les innombrables calamités intellectuelles. Mais c’est une autre histoire...

J'ai été touchée par la description de cette amitié entre ces deux femmes d'esprit. Il y a celle qui inspire et celle qui raisonne et cela résonne dans leur tête. La poésie s'infiltre dans tout ce qui a de plus discipliné, l'université et je suis du même point de vue que Acker, évidemment. Leur interdisciplinarité singulière a su, malgré la disparition d'Acker, traverser le temps. En tous cas, jusqu'aujourd'hui, à la piscine découverte.


vendredi 26 mars 2010

FRIPONNE PORCELAINE

"Quelle séduisante pécheresse ! On eut dit qu'elle s'appliquait à montrer au spectateur l'exquise friponne de porcelaine ; l'éclat de sa beauté paraissait presque insupportable, la stature était parfaite, parfaite aussi la grâce des attitudes ; les cheveux tressés formaient une coiffure charmante ; la teinte pourpre des lèvres se détachaient de loin sur la blancheur ivoirine de la peau. C'était un spectacle à mettre en branle tous les hôtes des bois, et à tourner les têtes de toute une ville. Cependant un jury de critiques d'art n'aurait peut-être pas admis que Claire fut belle : l'irrégularité des traits reste incompatible avec la beauté. Les lignes du corps leur auraient paru admirables, la silhouette et la démarche auraient remporté tous les prix. La robe de Claire bien faite pour ce jour d'été, dessinait  les formes du corps, tout en flottant sans contrainte autour de lui ; "vêtu comme Calypso" aurait affirmé le docteur Middleton. Regardez le bouleau argenté sous la brise : le feuillage ici se soulève, là s'éparpille, il enfle comme un ballon au gré du vent, il se déploie comme une aile ; tantôt il la cache vivement, comme pour faire croire qu'elle est toujours restée cachée, puis tout l'arbre ondule et murmure, tandis qu'au travers des feuilles on aperçoit encore des lueurs blanches. Claire possédait l'art merveilleux de mettre sa toilette en harmonie avec le ciel et la saison."

Ainsi écrivait le poète anglais George Meredith, dans "L'égoïste" en 1879. Ce poète des femmes rebelles, pour qui l'homme est un être de vanité dont la femme doit se libérer. Dans ce roman de "L'égoïste" le héros est rejeté successivement par deux fiancées exaspérées par son égocentrisme, avant d'être accepté par une troisième, qui ne l'aime plus. Étrange défenseur de la liberté féminine pour son époque.


Photo du film "Pauline à la plage" d'Éric Rohmer (1983)

C'est en regardant le film d'Éric Rohmer (réalisateur décédé en janvier dernier), "Pauline à la plage" de 1983 et un entretien de Rohmer avec Jean Douchet (pour Cinéastes de notre temps, la sept arte, 1993), que je découvre son inspiration, de la friponne porcelaine, tirée de "L"égoïste" George Meredith. Professeur de lettres et écrivain, Rohmer réalise un cycle de six films baptisé "Contes Moraux" avec comme thématique des intrigues sentimentales, rencontres et hasards (sur un canevas commun : le choix de la femme, la tentation de l'infidélité puis le retour vers l'élue)

Il y a dans ce que j'ai pu lire de Meredith un écho à ce qu'exprime le film par le rôle des acteurs  : Marion, jouée par Arielle Dombasle se trompe sur son désir par fascination en se jetant sur le premier homme venu (Henri l'homme voyageur), tandis que Pierre est amoureux de Marion et l'attend depuis longtemps, trop proche elle le fuit ; et Pauline l'adolescente en apprentissage dans cette observation triviale  va également expérimenter la complexité du sujet : tomber amoureux comme tomber malheureux parfois. Meredith met en garde les femmes sur cette fascination première d'une virilité, qui s'avère "vile". L'inspiration de Rohmer pour Meredith est étonnante dans l'approche contemporaine et le côté "amateur" qu'exprime le réalisateur dans sa façon de tourner un film. Nous sommes loin de la poésie virtuose de l'époque de Meredith et pourtant nous sommes dans une autre forme de poésie, tout aussi virtuose dans la trame de l'histoire de "Pauline à la plage". L'évidence du propos, dans les méandres des sentiments amoureux et dans la fuite du désir est rendue par la simplicité et "le naturel" des personnages et des décors. L'autre inspiration puisée dans les arts plastiques avec Matisse est aussi un lien avec ce trait simple, évident des dessins de Matisse, de sa peinture, qui parait être le fruit d'un hasard et qui pourtant montre une savante construction. Une sorte d'harmonie des sentiments naissants et forts sitôt fugaces, d'états transits, amoureux, sans qu'ils soient propriété des uns et des autres. Comme le trait de Matisse, le sentiment amoureux est disponible, il est offert, mais on ne peut jamais avoir la certitude qu'il est acquis.

Meredith aussi écrit comme s'il peignait : la teinte pourpre des lèvres se détachaient de loin sur la blancheur ivoirine de la peau... l'exquise friponne porcelaine... tout en déshabillant un personnage, le romancier le rhabille aussitôt d'une mousseline blanche, provoquant chez le lecteur, la lectrice, cette hésitation d'appropriation des sentiments que Rohmer sait provoquer chez le spectateur, la spectatrice de ses films. Un oui, un non et puis ni-oui, ni-non.

samedi 20 mars 2010

BABY CLEANER


Photo : Sonia Marques


À gauche le Baby Dyson création de son inventeur anglais James Dyson, designer industriel devenu célèbre pour ses ses aspirateurs à séparation cyclonique, sans sac et sans perte d'aspiration.

À droite... un aspirateur sans sac de la marque Bluebell... à oublier définitivement. Peut-être le moins cher du marché (29 euros je crois) le plus bruyant (je n'ai jamais entendu cela !) avec une odeur chimique même les fenêtres ouvertes... inoubliable ! Bref le mal de tête assuré et qui plus est un aspirateur qui n'aspire pas grand chose. Et puis conception formidable, comment vider la poussière du réceptacle en plastique ? Quasiment impossible à moins de le vider à la main, sauf que son espace alambiqué fait qu'on ne peut complètement le vider. Un aspirateur qui au bout d'un mois s'arrête net. Ceux qui inventent ou recopie de telles machines ont oublié de passer eux-même l'aspirateur, tant l'ergonomie d'une personne qui ne passe jamais l'aspirateur est inscrite dans l'appréhension de l'engin !

Revenons à celui de gauche : le plus cher du marché (gamme entre 300 et 600 euros) On peut penser qu'entre les deux, une ascension sociale se produit ! Ou bien que l'usager comprend très vite qu'il faut se simplifier la vie côté ménage. Un bébé robot qui accompagne l'homme ou la femme moderne dans les tracas des Cendrillons allergiques. Ce concentré de technologie est adapté pour ceux et celles qui n'oublient pas que l'intelligence dans les produits ménagers dépend de la fonctionnalité et pour ce cas, de l'air. Et ici l'air que l'on respire n'est pas pollué. Si comme certains, certaines, l'obstruction est une remarque qui déclenche une idée, une résolution, une invention, alors le design devient ingénieux. 

James Dyson n'en était pas à sa première invention dans les années 70, mais ce qui déclenche une invention, n'est pas forcément liée au produit lui-même... Une recherche dans un domaine donné s'enrichit d'observations diverses dans des domaines diverses, non donnés, et s'éprouve dans une curiosité constante à tous les niveaux.

En 1978, James Dyson remarqua que le filtre à air de l'atelier de peinture de la Ballbarrow se trouvait constamment bouché par des particules de poudre (tout comme la poussière bloque les sacs d'aspirateurs). Il décida alors de concevoir et de réaliser une tour à cyclone industrielle, qui séparait les particules de poudre de l'air en exerçant une force centrifuge qui dépassait de 100 000 fois celle de la pesanteur. Ce principe pouvait-il s'appliquer à un aspirateur ? James Dyson se mit au travail et 5 ans et 5127 prototypes plus tard, le premier aspirateur sans sac de Dyson fit son apparition.
(Source sur le site de la firme Dyson)

Ici le design, le style, l'esthétique a épousé sa fonction et libéré les ménages. Est-ce que cela a engagé plus d'hommes à aspirer leur intérieur, ou l'intérieur partagé ? Il parait que les Dysons sont les aspirateurs des geeks, (voir la démo Dyson  de mai 2008 sur Viméo)

Ceux et celles qui inventent doivent passer par des brevets coûteux à renouveler et par des copieurs et concurrents acharnés, car des parts de marché sont en jeux. Dyson témoigne de cette difficulté qui semble être un gouffre financier pour ceux et celles qui débutent dans leur recherche :

Puis en 1999, Hoover tenta de copier Dyson et James Dyson fut forcé de recourir à la justice pour protéger son invention. Au bout de 18 mois, James Dyson remporta une victoire contre Hoover pour contrefaçon de brevet.
(Source sur le site de la firme Dyson)

Il a fallu 14 ans à cet inventeur pour commercialiser son premier produit. À présent il est aussi représenté dans différents Musées du monde entier. Mais on peut se demander comment se fait-il que des idées utiles pour les humains, dans leur quotidien, adaptées à notre société contemporaine, avec sa demande d'éco-responsabilité, comment se fait-il que ces idées ne soient pas mieux accompagnées ? Pourquoi ne les développe-t-on pas avec plus d'engouement ?

J'imagine aussi qu'il y a des dizaines d'années en arrière, designer un produit dont on sait qu'il serait utilisé principalement par des femmes ne devait pas être chose aisée (jusqu'au milieu du XXe siècle, les sociétés occidentales assujettissaient les femmes, tant au point de vue du droit que des usages et coutumes : les traditions accordaient une importance particulière au rôle social de femme au foyer, qui devait se consacrer aux tâches ménagères, à la reproduction et à l'éducation des enfants)
Surtout que le coût très élevé de cet aspirateur, à une époque ou les femmes par exemple en France, devaient demander l'autorisation à leur mari pour avoir un compte en banque (voir plus bas nota bene), devait refroidir les sociétés. Les femmes avaient-elles le pouvoir de bénéficier d'un tel produit ? Les hommes prêtaient-ils suffisamment d'attention au développement de ces idées destinées aux produits ménagers ? Les hommes achetaient-ils facilement un aspirateur haut de gamme, en considérant que cela était aussi nécessaire que de mettre tout l'argent de mois de salaire dans une nouvelle voiture ?

Nota bene :
La loi de 1943 a supprimé la nécessité d'autorisation maritale pour l'ouverture d'un compte bancaire. Mais en pratique, les banques continuent de réclamer l'accord du mari. A partir de 1965, la femme mariée peut ouvrir un compte à son nom et en disposer librement. Chacun gère ses biens propres. Les biens communs sont administrés par le mari mais le consentement de l'épouse est nécessaire s'il souhaite en disposer. En 1985, la loi du 23 décembre instaure l'égalité des époux dans les régimes matrimoniaux et l'administration des biens de la famille.
(Source du Planning familiale)

Dans un livret en PDF canadien qui sélectionne 8 inventions qui ont libéré la femme, on peut aussi noter que la première machine à laver apparaît au milieu du XIXe siècle aux États-Unis par l'inventeur Alva J. Fisher. Même s'il y a encore aujourd'hui quelques bagarres à qui était le premier, qui a déposé le brevet, etc. Ils ne sont pas tous d'accord sur le premier qui marche sur la lune, mais ils ont tous un drapeau pour le signifier.

"La première machine à laver apparaît au milieu du XIXe siècle aux États-Unis. Il s'agit d'une cuve dans laquelle les femmes doivent mettre de l'eau savonneuse avant d'actionner une manivelle pour agiter les vêtements. La besogne est allégée, mais les femmes doivent toujours faire des efforts colossaux pour l'achever. L'Américain Alva J. Fisher le remarque et crée, en 1907, la Thor, un lave-linge électrique. Le moteur de la machine faisait tourner la cuve dans un sens, puis dans l'autre, jusqu'à ce que la saleté soit délogée. La femme devait toutefois surveiller le lave-linge de près puisqu'il arrivait alors fréquemment que l'eau s'infiltre dans le moteur et provoque un court-circuit. Il faut attendre les années 50 pour que les fabricants de laveuses incluent un cycle d'essorage à leurs machines. Ce n'est qu'à cette époque que les femmes, encore en majorité responsables des tâches ménagères, ont réellement vu la corvée du lavage se simplifier."

Bref, c'est un peu pathétique de voir qu'un homme rentre dans l'histoire du féminisme parce qu'il a inventé une grosse machine dont va dépendre la femme pendant des années. Si l'on compare à l'invention de la voiture, avec cette notion de mobilité, d'évasion et de voyage, dédiée aux hommes, c'est incomparable avec ce gros contenant rempli de linges sales dont il faut attendre des heures la fin du programme... le plus souvent disposé à la cave. Il est dit que cela a libéré la lavandière d'autan, qui, en communion avec ses copines dans l'odeur de la lavande et les pieds dans l'eau des rivières faisait de cela son métier. Mais avec la machine à laver électrique, plus personne n'a dit que c'était un métier, que celui de laver le linge sale... C'est devenu une sorte d'esclavage, période industrielle oblige, dont les femmes n'ont jamais obtenu de revenu pour cette tâche.

Dans certaines villes, on peut encore voir le chemin et les petites maisons sur la rive, proche de l'eau, de ces lavandières qui lavaient le linge entier des habitants des maisons cossues d'en face, situées dans une montée et ayant vue sur le peuple (Les artistes, peintres et poètes, ont souvent embelli l'image de ces femmes du peuple, en les présentant dans un cadre romantique et des paysages magnifiés)



Anciennes cartes postales des lavandières de la Vienne au pied du pont St Étienne de Limoges



Côté "sex and the city", les réalisateurs de certains films dédiés à "la ménagère de cinquante ans" se sont servis de cette machine qui tremble entreposée dans des sous-sol improbables pour en faire des sièges impromptus de scènes grivoises et torrides, dont la thématique récurrente est celle de l'adultère (la femme étant toujours dépendante ou de la machine ou de l'amant qui profite d'un moment sous tension, d'un vibreur automatique) Ces scénarios "mainstream" ont donné des idées aux films pornographiques (quoique c'est peut-être l'inverse ;.) Un autre fantasme : son alter-ego étant celui du jeune homme qui se dénude et dépose ses vêtements à la laverie automatique, libre et sexy. Le style étant affilié à son contexte historique, il peut tout à fait changer à présent, même si les publicitaires se montrent les premiers conservateurs de ces images stéréotypées. On le doit certainement encore à l'âge des détenteurs des sociétés de publicités.

L'achat d'une machine à laver dans l'histoire d'un couple est souvent le don de la famille de la jeune femme. Après ne tient qu'à elle d'en faire un usage partagé ou non, de s'occuper de tous les linges qui rentrent dedans ou non. Telles sont les nouvelles règles inventées de vie à deux. Une fois le moment du partage assez éprouvé pour qu'il soit devenu le signe d'un nouvel étranglement, vient le moment ou le jeune garçon retourne chez ses parents faire sa laverie, aidé par sa mère ou belle-mère.... On ne le dit pas souvent mais la dépendance s'est retournée de l'autre côté. Si le jeune homme accepte très longtemps dans sa vie d'adulte cette infantilisation, c'est qu'il préfèrera afficher un ordinateur plutôt qu'une machine à laver chez lui. Mais rien n'est figé dans le marbre, il existe des lavandiers contemporains, des repasseurs et d'habiles couturiers de dernière minute (je ne fais pas partie de ces derniers, il faut bien le reconnaître) Tout est affaire de création et d'invention du quotidien.

  • Je me souviens du livre de François de Singly, "Libres ensemble" (2000), sous-titré "l'individualisme dans la vie commune" qui analysait le sujet. Il a travaillé sur les constructions de l'identité et de la subjectivité notamment dans une situation de vie à deux, et sur les phénomènes d'individualisme dans le couple ou en famille, et sur les processus d'individualisation. Il a ainsi saisit les mutations contemporaines de la famille.

Le design arrive souvent dans des moments de profonde solitude ou l'on doit résoudre un problème, sans posséder les bons outils. C'est dans ces moments que l'invention camouflée sous des airs de bricolage ou d'artisanat se remarque.

Michel de Certeau restitua, voilà dix ans, les ruses anonymes des arts de faire, cet art de vivre la société de consommation. Vite devenues classiques, ses analyses pionnières ont inspiré historiens, philosophes et sociologues (L'Invention du quotidien, 1. Arts de faire et 2. Habiter, cuisiner, éd. établie et présentée par Luce Giard, Gallimard, Paris, 1990)

Résumé 1.Arts de faire :

La Raison technicienne croit savoir comment organiser au mieux les choses et les gens, assignant à chacun une place, un rôle, des produits à consommer. Mais l'homme ordinaire se soustrait en silence à cette conformation. Il invente le quotidien grâce aux arts de faire, ruses subtiles, tactiques de résistance par lesquelles il détourne les objets et les codes, se réapproprie l'espace et l'usage à sa façon. Tours et traverses, manières de faire des coups, astuces de chasseurs, mobilités, mises en récit et trouvailles de mots, mille pratiques inventives prouvent, à qui sait les voir, que la foule sans qualité n'est pas obéissante et passive, mais pratique l'écart dans l'usage des produits imposés, dans une liberté buissonnière par laquelle chacun tâche de vivre au mieux l'ordre social et la violence des choses.

Pour en revenir au "BABY CLEANER", intitulé de cet article, une petite morale s'impose :

Parfois un ménage de printemps fait office d'étincelle pour rassembler ses idées, créer des liens et écrire ces réflexions instantanément sur un blog. Si passer l'aspirateur peut être un moteur au métier d'écrivain, nombre d'artisans de l'écriture qui fantasment encore sur "les grands écrivains" seraient très déçus de voir des Cendrillons maniaques, ces femmes et hommes de ménage d'aujourd'hui accéder aux métiers de l'écriture... par gain de temps et hobbies technologiques.

jeudi 11 mars 2010

NORMA


Photographie : Philippe Halsman (Marylin with Barbells, 1952. © Center for Creative Photography, Arizona Board of Regents)


James Dougherty et Marilyn Monroe, le 19 juin 1942 © D.R.

Marilyn Monroe se fixe rapidement un seul objectif : devenir une star, et ce quel qu'en soit le prix. Elle épouse très jeune James Dougherty, un soldat, afin d'échapper au marasme familial. Convaincue que celui-ci n'aura pourtant pas les épaules assez solides pour lui permettre d'atteindre ses rêves (James aime que sa femme lui fasse de bons petits plats et nettoie la demeure familiale), Marilyn Monroe divorce du jeune homme à seulement vingt ans. (source : L'internaute)

Marilyn Monroe, la Norma californienne est née en 1926 et elle est retrouvée morte en 1962, 36 années plus tard, dans son lit. Triste fin. Piscine, lit, peignoir, dans son dernier film inachevé. Puis encore photographies dénudées de voiles et de lit. Je me suis demandée si un ou une photographe aujourd'hui prenait des photos de Marylin, qu'est-ce que cela donnerait, en 2010 ? Les images de Marylin véhiculées ne sont les oeuvres que des photographes, d'un temps très figé. Même si elle maîtrisait également ce qu'elle donnait en fixant la séduction sur pellicule incrustant sa mythologie de la beauté féminine. Une époque sans lecture, ou presque lorsqu'elle ne pose pas avec un livre, sans écriture, sans action, sans détournement, sans autodérision. Si Marilyn avait pris l'appareil photo, qu'elles auraient été ses autoportraits ? Une Cindy Sherman ? Aussi consciente de l'image de la femme que des images véhiculées de la femme ? Quel était son regard sur les hommes qui l'entouraient ? Si elle avait pris un appareil photo, elle nous aurait livré des pépites sur le genre masculin. Sa marque de fabrique, son signe, son logotype serait la trace d'un bisou au rouge-à-lèvres. Alors si chaque bisou était une photo ?

Les photographies de Marilyn que l'on connait nous apportent si peu d'informations sur ce qui l'entourait. Sublimes photographies, souvent les mêmes, à différents âges, la pose reste égale, tel un masque. Un masque reprit par tant d'artistes et de publicitaires : une icône. Et pourtant en 36 ans, une vie bouillonne, d'actions, de pensées, de tant de costumes enquillés. Mais rien ne nous est resté, que des visions d'hommes photographes sur un visage, un corps de marbre et non sur des pensées. Il y a si peu d'humour que cela glace le sang. Une petite blonde arriviste dans une grande main de king Kong. Un symbole américain, hollywoodien. Un vrai soldat.

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