

Belle collaboration, musique et graphisme, pour cet album de Rico Zerone, E-Lusion, à écouter sur Select Start Records dont les visuels (GFX) ont été conçu par Otro.
Je trouve que l'album est ouvert comme le paysage de sa couverture. Pluck O Pluck nous envoit joyeusement des myriades de pixels, un peu moqueur, E-Lusion, est plus en respirations tranquilles disco-mambo (qui m'a fait penser à mon Traino de l'album Insonia Inverno, 1999). J'aime beaucoup le D24M4, plus triste et fantastique, et l'Outro le plus sombre et expérimental. Le Mirage pourrait être le générique d'un jeux de hasard en attendant que tombent les bons numéros.
Le paysage coloré et sonore ravive de doux souvenirs comme celui de la chanson du brésilien Caetano Veloso, Saudosismo, qui la travailla avec la chanteuse Gal Costa, (album de 1969, à son nom, Gal Costa, dans la période du mouvement brésilien, le Tropicalismo)
Eu, você, nós dois, Já temos um passado, meu amor... Tentamos inventar, Tentamos, A felicidade...
Mais ici, la réinterprétation très lo-fi, sur séquenceur musical (tracker) ajoute une monophonie à la balade, comme une monotonie assumée et merveilleuse. Si la saudade, est un sentiment qui rappelle celui de la nostalgie, ce mot portugais nous dit bien qu'il est différent, car il exprime un désir intense, pour quelque chose que l'on aime et que l'on a perdu, mais qui pourrait revenir dans un avenir incertain. Pour cet album, je l'imagine comme le souvenir d'un moment heureux.
Je me souviens aussi, avoir déjà apprécié d'autres de ses morceaux, et surtout le Sigh, déjà très saudade, de la belle compilation Microdisco Vol1, bleepy ballads en 2006.
Ces découvertes, je les dois à l'ami Julien Ducourthial, aka Otro. L'abstraction minimale de son graphisme pour l'album est une évidence pour ces illusions rêvées. Une vision directe et synthétique vers l'horizon d'une peinture dont les couleurs traversent des murs parallèles. Si la réalisation s'accorde bien avec les mirages de Rico Zerone, d'autres de ses collaborations ont fait aussi leur effet (voir sur le site du collectif 8bitpeoples). Il a d'ailleurs réalisé une vidéo-démo pour son exposition (Black Noises, en ce moment jusqu'au 17 mars) à la galerie Duplex (Toulouse) en collaboration musicale, cette fois-ci, avec le compositeur suédois Goto80, lui-même faisant partie de la subculture de la demoscene sur Amiga, entre autre. Mais je n'ai pas encore pu voir tout cela. Pour ses expérimentations artistiques individuelles, son site ILBM (Interleaved Bitmap) en est un bon révélateur.
Pour ce qui est dit et redit, du côté historique des cultures chip-low et bit... Rico et Otro, ont tous les deux en commun, la participation à la communauté (et label) internationale de Micromusic, (fondée en 1997, à Bâle) qui réunit des amateurs et autoproducteurs de la musique électronique faite avec des instruments low-tech, dite Chiptune (Game-Boy, Atari, Amiga, Commodore 64) ou détournés (Circuit-bending, retrogaming, jouets émettant des sons) Il en est, que ces amateurs sont devenus des spécialistes de la musique chip ! Cette culture 8-bit, regroupe en fait, différents styles de musique : électro, grindcore, pop, jazz, hip hop… Un bon vecteur donc, pour des générations plus jeunes, pour découvrir ou redécouvrir des genres, pour en interpréter des titres et les métisser. Côté visuel, cette culture qui influence l'art, le pixel-art, le net-art, la demoscene... et j'en passe des catégories inventées (moi qui en suis une disciple très indisciplinée, pas bien répertoriée), pourrait bien drainer encore nombre de partages et de micro-solidarités artistiques... Et dans un avenir incertain, elle reviendra peut-être, avec saudade, comme le souvenir d'un moment heureux.