BMK

Blog Kiwaïda

Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

lundi 5 juillet 2010

DESIGN & CO

Dans le cadre de l'exposition collective d’art contemporain "Design&co" à Saint-Yrieix-la-Perche (Limousin), je vous invite à voir la pièce CENDRILLON de 1600 carreaux de céramique de couleur, oeuvre multimédia sur le métissage, produite à l'ENSA de Limoges (inaugurée en téléchargement lors du WIF, Festival International du Webdesign)

CENDRILLON, faite de kaolin et de pâte recyclée est exposée complète, totalement téléchargée pour la première fois dans la ville, Saint-Yrieix-la-Perche, ou l'on a découvert le kaolin en 1768.

+ d'informations ici : http://www.nissologie.net/cendrillon/communique_cendrillon.pdf

Design&co
Exposition d’art contemporain sur le thème du design éco-logique, éco-citoyen, et cie…
Tous les jours de 14h à 18h. Entrée libre.
 Du 03 juillet 2010 au 31 août 2010
Salle Attane
87500 Saint-Yrieix-la-Perche



Flyer (Sonia Marques)

Et voilà ! Complètement téléchargée ! Une première !


Photographie (Sonia Marques) du vernissage Salle Attane, Saint-Yrieix-la-Perche

Merci à Patrick Audevard et à Étienne Cliquet pour m'avoir aidé à l'installation.

En remerciant également Christine Achard pour son aide pour l'exposition.

lundi 31 mai 2010

HEURE BLEUE


Photo : Sonia Marques

Vivre avec des plumeaux cela donne des ailes ou parfois cela rend clown. À quelques mois, celui-ci commence à chuchoter des secrets, la famille des ailés s'agrandit. De quoi reprendre ma lecture du poète Soufi Iranien Farid Al-Din Attar de son conte persan "La conférence des oiseaux"

La perruche
Vint ensuite la perruche... tenant du sucre au bec, vêtue de vert comme la pistache... et ornée d’un collier d’or. Au prix de son éclat, l’épervier n’est qu’un moucheron, et partout la verdure est le reflet de ses plumes. Le sucre distille de ses paroles, car elle croque du sucre dès le matin. Ecoute quel est son langage : « Des gens vils et des coeurs d’acier m’ont enfermée, toute charmante que je suis, dans une cage de fer. Retenue dans cette prison, je désire avec ardeur la source de l’eau de l’immortalité gardée par Khizr. Comme lui, je suis vêtue de vert, car je suis le Khizr des oiseaux. Je voudrais m’abreuver à la source de cette eau, mais je n’ai pas la force de m’élever jusqu’à l’aile du Simorg ; la source de Khizr me suffit. » La huppe lui répond : " Ô toi qui n’as aucune idée du bonheur ! sache que celui qui ne sait pas renoncer à sa vie n’est pas homme. La vie t’a été donnée pour que tu puisses posséder un seul instant une digne amie. Recherche sincèrement l’eau de la vie ; mets-toi donc en marche, car tu n’as pas l’amande... tu n’en as que l’écorce. Veux-tu sacrifier ta vie pour les belles vérités ? imite les hommes dignes de ce nom, en entrant franchement dans la voie. »
(Source :http://www.simorg.net/)

*

Le mythe d’un oiseau ressemblant au phénix, symbole de l'âme renaissant de ses cendres, se réincarnant à partir de la matière renouvelée, se retrouve dans de nombreuses mythologies de par le monde, et spécialement dans cette légende persane, quasi alchimique... Sur le Demâvend ( Elbourz, Perse, 6200m ) se tenait le grand Phénix Simurgh dont un œil regardait le passé et un autre l’avenir... Une autre tradition, moins localisée, place le fameux Simurgh (Simorg ou Simorgh), le roi des oiseaux, au sommet de la montagne cosmique Qaf. Farid-ed-dîn Attâr rapporte qu’un groupe nombreux d’oiseaux, cherchant leur roi, partirent en voyage, et traversèrent de nombreux obstacles au cours desquels la plupart laissèrent la vie. Arrivés peu nombreux en haut de la montagne, ils comprirent que le Roi recherché s’était identifié à chacun d’entre eux, en était leur synthèse accomplie.
(Source :http://www.simorg.net/)


Dans le texte que j'ai écrit pour la pièce de Cendrillon, je fais allusion à l'oiseau phénix qui renait de ses cendres : la transformation, la consumation, la relation entre le passé et l'avenir.

Sinon, l'heure bleue que j'ai re-découverte si bien exprimée (par le silence) dans le film d'Eric Rohmer (1987), des "4 aventures de Reinette et Mirabelle" autrement que dans une photographie de carte postale, correspond à l'oiseau dont j'accompagne les pas, en attendant que son duvet se transforme en turquoise. L'heure bleue, période de temps entre le jour et la nuit où le ciel se remplit presque entièrement d'un bleu pâle plus foncé que le bleu ciel du jour (on dit aussi « entre chien et loup » ou encore « la brunante ») Elle est causée par la diffusion Rayleigh (cf. Wikipédia)
Ce moment bien connu des noctambules ou des workaholics, des fous d'amour ou des poètes fous est un moment magique. En été, cette heure est réputée la meilleure pour sentir les parfums des fleurs (cf. Wikipédia) Une couleur prisée par les photographes ou bien par les insomniaques...
Entre chien et loup se trouve l'oiseau bleu...

vendredi 14 mai 2010

LA SOURCE DE L'INVASION


"La Source de l’Invasion" 2008, Invader, MTB-01 Montauban, rue du Tescou, mosaïque, 256 x 172 cm (photographie : Sonia Marques)

Après mon exposition Cendrillon, je descends dans le sud afin de chercher mon oiseau bleu. Il pleut, il fait froid et c'est à Montauban que je fais escale, un jeudi 13 mai tout est férié, rien d'ouvert, sauf : Le Musée d'Ingres ! Je regarde un catalogue d'une exposition passée de 2009, "Ingres et les modernes" dans lequel je vois une oeuvre de Space Invaders, nommée "La source de l'invasion", inspirée de la Source d'Ingres : une jeune femme nue tenant une cruche, d'où s'échappent quelques invaders, qui s'apprêtent à conquérir le monde. Je demande à la caissière ou se trouve la rue du Tescou afin de voir l'oeuvre de mosaïque, elle me l'indique. Je file la voir, incroyable ! Je la prends en photo, après ma vierge noire, cela tombait plutôt bien. Et puis, je n'avais pas encore vu une pièce street art de Space Invaders aussi grande, car j'ai l'habitude de suivre les petits Space Invaders (nom inspiré du nom du jeu vidéo développé par la société japonaise Taito, sorti en 1978 sur borne d'arcade) de mosaïques dans les villes de quelques pixels de mosaïque.


"La Source de l’Invasion" 2008, Invader, MTB-01 Montauban, rue du Tescou, mosaïque, 256 x 172 cm (photographie : Sonia Marques)

En effet, Space Invaders, est un street artiste français, connu pour sa pose, depuis les années 1990, de petites mosaïques sur les murs de nombreuses villes autour du globe. La pose de ces petits personnages, effectuée de manière illégale constitue ce qu'il appelle l'« invasion ».

Sa démarche, expliqué sur l'encyclopédie en ligne Wikipédia est résumée ainsi :

Depuis 1998, Invader sème ses mosaïques dans les villes du monde entier, incognito, car l’artiste français ne souhaite pas se faire démasquer... Londres, Los Angeles, Tokyo, New York, Bangkok mais d’abord Paris, la ville où il a le plus sévi. Les mosaïques de cet artiste représentent des personnages d’un célèbre jeu vidéo de la fin des années 1970, Space Invaders. Du fait de la technologie élémentaire de l’époque, ils sont très pixellisés et donc reproductibles en mosaïque. Un pixel est assigné à un carré. De plus, c’est un matériau difficilement altérable, qui résiste très bien aux ravages du temps. Ces Space Invaders sont cimentés sur les murs de la ville dans toutes sortes d'endroits. Tous sont indexés, photographiés et situés, sur des cartes par leur auteur. Certaines d’entre elles, les plus achevées, ont été produites en plusieurs milliers d’exemplaires à l’aide de sponsors locaux, et distribuées gratuitement dans les villes touchées. Aujourd’hui certaines sont disponibles, à la vente cette fois, sur le site officiel. La démarche de l’artiste est multiple : la contamination de l’espace visuel et public, la rencontre entre le pixel et la mosaïque, et la transposition d'un jeu vidéo dans la réalité[réf. nécessaire]. L’artiste déclare ne pas être issu du mouvement graffiti car il l'a découvert seulement après avoir commencé sa démarche. Invader considère sa démarche comme proche du hacker, en ce sens qu’il propage illégalement un virus au cœur du système via un gigantesque réseau de space invaders.


"La Source de l’Invasion" 2008, Invader, MTB-01 Montauban, rue du Tescou, mosaïque, 256 x 172 cm (photographie : Sonia Marques)


Lorsque que j'ai commencé à enseigné en école supérieure d'art en France, en 2001, il s'est passé plein de chose dans le monde. Un mois après la destruction des Twin Towers américaines, je démarrais mes cours en multimédia, face à des étudiants qui n'avaient même pas, à cette époque, une seule connexion Internet pour toute l'école, située à la bibliothèque ! Donc, non seulement la plupart ne se servait pas de ce média, d'autre part, je me souviens que les professeurs n'utilisaient pas le mail pour communiquer ! J'étais en plein collectif Téléférique, avec nos Démos à travers la France et notre idée du téléchargement, restait un mot complètement inconnu (à la création du collectif en 1999) de l'art, de ses institutions, des artistes de 'l'art dit 'contemporain'," un mot inconnu à la télévision (la loi Hadopi n'était pas là) Aujourd'hui, le concept de Démos dans l'art que nous avons développé avec sympathie, générosité et couleurs (côté 'low tech' avec une éthique et une critique des nouvelles technologies), est complètement récupéré par les universités qui développent des labos de recherches sur cette notion, avec des conférences 'pro tech' qui me laissent de marbre. Mais il y a un bonheur de créer et de partager qui reste présent dans notre démarche, que l'on ne retrouve pas dans toutes ces récupérations individualistes.
Donc je commençais mes cours sur la surveillance planétaire avec "Échelon", avec comme support le livre de Ducan Campbell (Interception Capabilities 2000 - trad. française : Surveillance électronique planétaire, éditions Allia, 2001, rééd. 2005, rapport rédigé par le STOA pour le Parlement européen) et des notions sur le marketing virale, un autre support paru en 2002, le livre de textes réunis et traduis en français par Annick Bureaud et Nathalie Magnan - Connexions, art réseaux media - (2002 - Ensba) ; et puis, dans ma besace, j'avais des "map" des Space Invaders. Et la démarche de l'artiste mosaïste, a marqué quelques esprits déjà attirés par l'art de la rue. Plus tard je faisais des lectures sur la littérature "cyberpunk" avec Bruce Sterling ou Kathy Acker, des auteurs dont j'appréciais le travail, l'imaginaire. Avec ces cours sur le "Net art", les arts numériques, femme artiste et professeur...
Hum, hum, un exotisme rare, jamais trop relayé, mais "in situ" qui a fait évoluer considérablement la question sur ces médias. Résultat, tout le monde était connecté, quelques années plus tard. Mes étudiants étaient devenus, à plus de la moitié, des étudiantes. Ils avaient tous un portable, savaient créer des sites Internet et développer des démarches originales, et mes collègues communiquaient un peu plus par mail. L'école s'était armée de plein d'ordinateurs à montrer aux délégués des arts plastiques qui inspectaient celles-ci, comme preuves qu'il y avait bien du multimédia à l'école (oui car curieusement on ne montrait pas les enseignements, les projets des étudiants, leur tuteurs, tutrices, mais, les machines, qui tombaient 3 ans plus tard en désuétude) Du côté de l'institution c'est autre chose. Malgré la richesse de ces cours et leurs renommées au-delà des frontières françaises :
- un petit tour du côté de chez Marc Watthieu à l'ERG (École de Recherche Graphique) de Bruxelles en Belgique, en visite chez Imal, (interactive Media Art Laboratory) avec Yves Bernard
- un petit tour du côté du Portugal à Lisbonne avec la FBA (Faculté des Beaux-Arts) et ses théoriciennes des nouveaux médias ("Mestrado in Communication Design and New Media" avec Luísa Ribas, "Som e Imagem", Maria Teresa Cruz "Crítica dos Novos Media")
Malgré ces riches échanges dont les écoles ont profité, je n'ai jamais été titularisée dans les fonctions que j'occupais ! Plusieurs fois invitée en membre du jury des diplômes, en exposition au Centre Pompidou sur les 7 artistes professeurs français qui enseignent les arts numériques en France... J'ai toujours été maintenue dans un contrat supra-précaire, un plafond de verre honteux à exprimer devant des étudiants, qui faisait que je payais pour pouvoir enseigner (mon salaire partait dans les transports et hébergements)
Souvent, un professeur qui n'était pas spécialisé dans ce domaine du multimédia et qui postulait dans cette discipline (ou qui n'avait aucune expérience de l'enseignement) prenait ma place. Des hommes souvent étaient nommés par le jury supra-caduque du CNFPT. Trois concours, trois échecs (des constitutions de jury qui n'avait rien à faire de la parité, pas d'artiste, ni de professeur), et on me riait au nez car on me disait que la création multimédia n'avait rien à faire dans les écoles des beaux-arts. Par ces actes, mes amis étaient témoins des dégâts collatéraux que cela engendraient (l'enseignement tirait par le bas) Bref, sacrée période de 10 ans ! On appelle cela : l'expérience ;.) Je suis bien heureuse d'enseigner dans une École Nationale Supérieure d'Art, c'est tout de même un peu plus sérieux au niveau des statuts et de la reconnaissance des activités de recherches artistiques (même si mon jury n'était encore pas au fait de la parité, en 2010. Il est intéressant de noter, qu'aujourd'hui, les étudiants font de suite la remarque lorsque ceux qui constituent et invitent les membres et président du jury de leur diplômes de fin d'année n'ont pas encore compris la parité. Il y a une dizaine d'années, devant ce fait 'automatique', on n'osait rien dire, on subissait) Mais les habitus sont encore là, hélas (hommes, femmes, garçons, filles, jeunes, vieux, tous avec des habitus et très peu de remise en question) J'ai étudié au Canada, à Vancouver entre 1996 et 1997, et jamais, nous n'avions à constater ces problèmes de genre et d'autorité dominante dans les professeurs, les jurys, les invitations d'artistes. Les étudiants bénéficiaient de représentations "mixtes" et les études artistiques étaient basées sur des femmes artistes et des hommes, sur l'histoire aussi des First Nations, mais là, ici, tout reste à faire question représentation et mixité, ou mé-tissages, de techniques et de culture. Cendrillon tente d'ouvrir la question, sans apporter de réponse.
*
Ce qui m'intéresse le plus, du côté de l'enseignement, c'est la recherche pédagogique et ce sont les échanges avec le corps enseignant, artistes, théoriciens, techniciens, artisans, ce sont ces échanges humains, avec chaque étudiant, qui à mon sens, font "école", forment et nous apprend.

Bref, un nouvel oiseau est rentré dans ma vie, et le ciel est bleu.
Une source d'invasion ou d'inspiration ?


Église St Jacques de Montauban (Photo : Sonia Marques)

Une dernière image de Montauban, l'église St Jacques, construite au XIIIème siècle. Au dessus du portail néoroman du XIX° se trouve la mosaïque représentant "la vision d'Ezéchiel" de la même époque. Il semblerait, d'après mes recherches, que cette faïence émaillée, soit de Raymond Balze, copie d'après Raphaël, (Acquisition 1877 Localisation Tarn-et-Garonne ; Montauban Edifice église Saint-Jacques)

Extrait à décrypter :


La palette du peintre d'émail est extrêmement riche. Les oxydes métalliques se prêtent à un nombre infini de combinaisons avec le verre à base de plomb. Les émaux opaques contiennent de l'oxyde d'étain. Le vert, l'azur, le turquoise, le pourpre, le gris de perle, le bleu d'horizon, l'orangé, lecitrin, l'aiguë marine s'obtiennent ou francs, ou en tons rompus formant une gamme chromatique. Le rouge clair est appelé, dans les anciens traités, «le chef et le pa- rangon. » Il fut découvert, selon Benvenuto Cellini, par un orfèvre qui cultivait l'alchimie, et qui le trouva au fond de son creuset, en cherchant à faire de l'or. Mais malheureusement tous ces verres ne sont point également fusibles. Il faut donc que l'artiste connaisse à merveille les degrés successifs de température qu'ils peuvent subir sans se fondre de nouveau et s'empâter les uns dans les autres. Il place les très-durs les premiers, les durs en second et procède ainsi jusqu'.à la fin. Une plaque d'émail peut passer au feu jusqu'à vingt fois. One de chances d'accident, ne fût-ce que pour la plaque qui sert de sub- jectile et qui, ainsi que cela est arrivé sous nos yeux, ne se tordit qu'à une dix-huitième cuisson! Les émaux de petit feu s'appellent « émaux de porcelaine. » Ce sont ceux qu'emploient généralement les bijoutiers. Le dix-hui- tième siècle a décoré ainsi des parures complètes, la montre, l'agrafe, la clef, les breloques et le flacon.
http://www.archive.org/stream/chefsdoeuvredesa00burt/chefsdoeuvredesa00burt_djvu.txt



dimanche 14 février 2010

TIGRESSE 虎


Capture sur site sur mes dessins Incognitos

C'est le Nouvel An Chinois 农历新年 (nónglì xinnián) Au Vietnam on l'appelle aussi Fête du printemps  Selon le zodiac chinois, c'est l'année du Tigre 虎 (hǔ) : énergique, aventureux, indépendant, inventif, généreux, sans repos et impulsif. Waou ! Quelle année voici ! Un jour célébré  aujourd'hui avec la St Valentin, fête des amoureux dans nos pays occidentaux.

Si le rouge et l'or sont souvent des couleurs inaugurant cette nouvelle année chinoise, j'ai repensé à mon tigre bleu de la série des dessins  Incognitos.
Tout d'abord, je suis fascinée par la liberté des dessins, côté orient, côté asiatique. Ils m'inspirent et me donnent un souffle nouveau dont je me trouve en accord. La qualité des traits, l'originalité des sujets, tout cela me semble si simple. Même sur des supports de qualité moindre, sur des objets vendus à bas prix, le dessin lui est vraiment de qualité. Je pense aux porcelaines, dont les dessins sont de grâce. Et puis, le dessin, lorsque j'y fais allusion est aussi celui qui sert à fabriquer des cerfs volants, des déguisements de dragons, des signes, des motifs, le papier cadeau, l'enveloppe, l'origami, tous ces dessins sont toujours audacieux du côté oriental, de mon point de vue.

Le dessin, est pour moi, à dessein de, de l'ordre du projet, et il y a quelque chose en rapport avec le design. Une connaissance du support, mais aussi de la culture 'empreintée', celle qui révèle un nouveau dessin, original parce que lui-même "savant". Il sait ou il a été puiser, il connait ses sources et il les partage. Il sait qu'il est copie, recopié, offert au regard et qu'il enrichi ainsi l'oeil, la mémoire, le désir de faire et refaire, si ce n'est défaire pour mieux comprendre... Lisible, généreux même si énigmatique, le dessin est un signe, une marque, une frontière.

Curieusement, très tôt, j'ai eu accès à cette mythologie de formes par les azulejos, qui sont eux issus de l'azulejaria portugaise, des carreaux de céramiques, le plus souvent bleu (azul). Et comme beaucoup de ces céramiques retracent l'histoire des colonies, des voyages, il y a donc des métissages dans leurs figurations et abstractions. J'y ai été sensible en visitant Lisbonne et en filmant beaucoup de maisons, et en photographiant l'extérieur, en visitant Pombal, non loin des maisons de mes grands-parents. Par cet art, mon regard a cultivé de savants mélanges de pays étrangers.
Le tigre bleu présenté pour illustrer cet article, était parti d'un motif géométrique dont je lui ai donné une possibilité de répétition (par le "all over" ou le "wallpaper" du fond sur la page HTML du site) puis il s'est individualisé, porté par un tigre, lui-même d'inspiration tibétaine.

Le dessin est pour moi un accès à l'ouverture des cultures et à la compréhension des métissages. Je voyage par le dessin. J'ai, en revanche eu une formation en dessin dans les écoles parisiennes élitistes, souvent fermée. J'ai donc préféré me consacrer aux nouveaux médias, dans le cadre de ces formations, nouvelles, innovantes et ouvertes (années 90) tout en gardant ce que je considérais de libre dans le dessin, par ma culture des "entre-deux". Et j'y vois un rapprochement évident, entre Internet et cette culture ouverte, du dessin. Recopier, recadrer, déconstruire, reconstruire, le paysage infographique nous donne des possibilités rêvées. Sans informatique, nous le pouvions également, puisque je dessine "à la main" la plupart du temps. Mais nous n'avions pas accès à cette pluralité de dessins du monde, de signes, que nous avons avec Internet. Et pour mon travail, cela a considérablement décomplexé les sujets et les contextes. Dans un versant intellectuel, je n'ai plus besoin, de justifier mon activité artistique en fonction de ma nationalité française, c'est la liberté que j'ai prise très tôt, même si dans un versant administratif, on nous demande, de nos jours, de justifier l'héritage de notre nationalité française. Ma création artistique se trouve être mieux comprise par ceux et celles qui ont une culture ouverte, plus étendue. Je l'ai toujours pensé, même avant mon utilisation d'Internet dans les années 90, mais à présent c'est une évidence, à écrire.
Mes modèles sont bien ceux du présents, amis, avatars, masques, mais aussi proviennent d'Internet, de mes recherches assidues. Et donc, elles ravivent volontiers des archéologies, des formes traditionnelles. L'artisanat, dans le sens ou faire c'est penser, je le trouve sédimenter dans mon parcours une confiance dans ce que je fais. Cette confiance ne m'a jamais été donnée par le système de l'art. Le savoir faire, graphique par exemple, a été moteur dans ma formation, bien avant celle de l'étude des beaux-arts. Dans les années 80, il y avait une forme d'artisanat qui était enseignée dans les arts graphiques, car l'ordinateur n'était pas encore "pour tout le monde". J'ai gardé cette forme, cette pratique du dessin, même si je connais tant de logiciels informatiques, j'ai la maîtrise de ma pensée lorsque je fais, je réalise, je me ré-approprie les outils, les formats mis en place.
Dans le texte écrit pour les Incognitos, je parle de l'exécution d'un logotype par exemple à l'encre de Chine, sur carte à gratter. L'étude des signes et de leur sens, la pratique du dessin pour la publicité (assisté ou non par l'ordinateur, pour le multiple), le rôle de la matrice et de la reproduction par un tiers, ont été des enseignements riches, qui me font penser le dessin de façon plus libre et moins figée dans le sceau de l'oeuvre originale de l'artiste romantique (quoique la peinture d'un Hobo Clown revisite fraîchement cette image)

Je continue de me documenter dans les bibliothèques, mais aussi dans la grande consommation... Il n'y a rien d'impossible. Et cela, c'est un bonheur de l'enseigner.

Bonne année tigresse !
♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ 


lundi 23 mars 2009

BLUES


Photo © Sonia Marques (Douarnenez, 2008)

Le bleu est sans conteste la couleur la plus aimée, dixit Eva Heller● ● ●  dans son superbe livre Psychologie de la couleur, aux éditions Pyramid, sorti ce mois-ci.

Voici quelques uns de ses apprentissages :

Something old, something new,
Something borrowed, something blue.

C'est la coutume du mariage au Royaume-Uni, datant de la fin du XIXe siècle encourageant la mariée à porter sur elle quatre objets.

Der Blaue Reiter, le Cavalier bleu, groupe d'artistes fondé en 1911 par Franz Marc, Vassily Kandinsky, Alfred Kubin et Gabriele Münter, car ces artistes aimaient peindre des chevaux et que le bleu était leur couleur préférée.

  • Outremer, littéralement, "de l'autre côté de la mer", lieux multiples d'ou provient le lapis-lazuli.
  • Indigo, vient du portugais indico, tiré lui-même du latin indicum, signifiant "de l'Inde", colorant qui nous vient de là-bas.
  • Les "fourmis bleues", les ouvriers chinois sont souvent dénommés ainsi pour leur bleu de travail.
  • Le blue-jeans : dans les pays de l'Est, les jeans sont teints avec de l'idanthrène indélébile et ne se délavent pas ("jeans socialistes") Les touristes des pays capitalistes, en revanche, portent des jeans délavés ("jeans capitalistes")."L'heure bleue", l'heure du crépuscule, la happy hour, après les heures de bureau, la relaxation, bars et pubs baissent leurs boissons alcoolisées.
  • Le blues, courant musical inventé par les Noirs américains, adjectif de couleur, en anglais, blue signifie également "triste" et "mélancolique".
  • Les blue movies qualifient les films pornographiques.
  • True blue, aucun équivalent en français, le bleu est ici fidélité, loyauté.
  • Blue stoking, bas-bleu, expression désuète et péjorative qui désignait les femmes, qui dès le XVIIIe siècle ne se satisfaisaient pas du style de vie conventionnel de l'épouse modèle femme au foyer.

● ● ● Eva Heller (1948-2008) est une auteure allemande d'ouvrages de littérature et de sciences humaines. Eva Heller grandit à Louisbourg près de Stuttgart, en Allemagne. Elle étudie la sociologie et la psychologie à Berlin. Son roman Avec un autre ce sera différent lui apporte la célébrité ; le roman est un best-seller en Allemagne, avant d'être adapté au cinéma avec le célèbre acteur allemand Dominic Raacke dans le rôle principal. Ses oeuvres ont été traduites en plusieurs langues ; certaines sont également disponibles en braille. Caricaturiste à ses heures, Eva Heller est saluée par la magazine allemand Spiegel comme "une artiste aux talents multiples, sachant analyser avec perspicacité l'esprit du temps". Epouse du sociologue allemand Dieter Prokop, Eva Heller est décédée en février 2008. Sa mort n'a été rendue publique par son époux qu'après ses funérailles à Francfort.

Son livre, Psychologie de la couleur, présente les couleurs comme une palette d'effets et d'émotions fondée sur des expériences communes, profondément ancrées dans le langage et la pensée. Les couleurs sont éminemment subjectives et le livre s'adresse à quiconque travaille avec les couleurs – qu'il soit artiste, art-thérapeute, designer, concepteur, architecte d'intérieur, créateur de mode.


- page 1 de 2