
"La Source de l’Invasion" 2008, Invader, MTB-01
Montauban, rue du Tescou, mosaïque, 256 x 172 cm (photographie : Sonia Marques)
Après mon exposition Cendrillon, je descends dans le sud afin de chercher mon oiseau bleu. Il pleut, il fait froid et c'est à Montauban que je fais escale, un jeudi 13 mai tout est férié, rien d'ouvert, sauf : Le Musée d'Ingres ! Je regarde un catalogue d'une exposition passée de 2009, "Ingres et les modernes" dans lequel je vois une oeuvre de Space Invaders, nommée "La source de l'invasion", inspirée de la Source d'Ingres : une jeune femme nue tenant une cruche, d'où s'échappent quelques invaders, qui s'apprêtent à conquérir le monde. Je demande à la caissière ou se trouve la rue du Tescou afin de voir l'oeuvre de mosaïque, elle me l'indique. Je file la voir, incroyable ! Je la prends en photo, après ma vierge noire, cela tombait plutôt bien. Et puis, je n'avais pas encore vu une pièce street art de Space Invaders aussi grande, car j'ai l'habitude de suivre les petits Space Invaders (nom inspiré du nom du jeu vidéo développé par la société japonaise Taito, sorti en 1978 sur borne d'arcade) de mosaïques dans les villes de quelques pixels de mosaïque.

"La Source de l’Invasion" 2008, Invader, MTB-01
Montauban, rue du Tescou, mosaïque, 256 x 172 cm (photographie : Sonia
Marques)
En effet, Space Invaders, est un street artiste français, connu pour sa pose, depuis les années 1990, de petites mosaïques sur les murs de nombreuses villes autour du globe. La pose de ces petits personnages, effectuée de manière illégale constitue ce qu'il appelle l'« invasion ».
Sa démarche, expliqué sur l'encyclopédie en ligne Wikipédia est résumée ainsi :
Depuis 1998, Invader sème ses mosaïques dans les villes du monde entier, incognito, car l’artiste français ne souhaite pas se faire démasquer... Londres, Los Angeles, Tokyo, New York, Bangkok mais d’abord Paris, la ville où il a le plus sévi.
Les mosaïques de cet artiste représentent des personnages d’un célèbre jeu vidéo de la fin des années 1970, Space Invaders. Du fait de la technologie élémentaire de l’époque, ils sont très pixellisés et donc reproductibles en mosaïque. Un pixel est assigné à un carré. De plus, c’est un matériau difficilement altérable, qui résiste très bien aux ravages du temps. Ces Space Invaders sont cimentés sur les murs de la ville dans toutes sortes d'endroits. Tous sont indexés, photographiés et situés, sur des cartes par leur auteur. Certaines d’entre elles, les plus achevées, ont été produites en plusieurs milliers d’exemplaires à l’aide de sponsors locaux, et distribuées gratuitement dans les villes touchées. Aujourd’hui certaines sont disponibles, à la vente cette fois, sur le site officiel.
La démarche de l’artiste est multiple : la contamination de l’espace visuel et public, la rencontre entre le pixel et la mosaïque, et la transposition d'un jeu vidéo dans la réalité[réf. nécessaire].
L’artiste déclare ne pas être issu du mouvement graffiti car il l'a découvert seulement après avoir commencé sa démarche. Invader considère sa démarche comme proche du hacker, en ce sens qu’il propage illégalement un virus au cœur du système via un gigantesque réseau de space invaders.

"La Source de l’Invasion" 2008, Invader, MTB-01
Montauban, rue du Tescou, mosaïque, 256 x 172 cm (photographie : Sonia
Marques)
Lorsque que j'ai commencé à enseigné en école supérieure d'art en France, en 2001, il s'est passé plein de chose dans le monde. Un mois après la destruction des Twin Towers américaines, je démarrais mes cours en multimédia, face à des étudiants qui n'avaient même pas, à cette époque, une seule connexion Internet pour toute l'école, située à la bibliothèque ! Donc, non seulement la plupart ne se servait pas de ce média, d'autre part, je me souviens que les professeurs n'utilisaient pas le mail pour communiquer ! J'étais en plein collectif
Téléférique, avec nos
Démos à travers la France et notre idée du
téléchargement, restait un mot complètement inconnu (à la création du collectif en 1999) de l'art, de ses institutions, des artistes de 'l'art dit 'contemporain'," un mot inconnu à la télévision (la loi
Hadopi n'était pas là) Aujourd'hui, le concept de
Démos dans l'art que nous avons développé avec sympathie, générosité et couleurs (côté 'low tech' avec une éthique et une critique des nouvelles technologies), est complètement récupéré par les universités qui développent des labos de recherches sur cette notion, avec des conférences 'pro tech' qui me laissent de marbre. Mais il y a un bonheur de créer et de partager qui reste présent dans notre démarche, que l'on ne retrouve pas dans toutes ces récupérations individualistes.
Donc je commençais mes cours sur la surveillance planétaire avec "
Échelon", avec comme support le livre de Ducan Campbell (
Interception Capabilities 2000 - trad. française :
Surveillance électronique planétaire, éditions Allia, 2001, rééd. 2005, rapport rédigé par le STOA pour le Parlement européen) et des notions sur le
marketing virale, un autre support paru en 2002, le livre de textes réunis et traduis en français par Annick Bureaud et Nathalie Magnan -
Connexions, art réseaux media - (2002 - Ensba) ; et puis, dans ma besace, j'avais des "map" des Space Invaders. Et la démarche de l'artiste mosaïste, a marqué quelques esprits déjà attirés par l'art de la rue. Plus tard je faisais des lectures sur la littérature "cyberpunk" avec
Bruce Sterling ou
Kathy Acker, des auteurs dont j'appréciais le travail, l'imaginaire. Avec ces cours sur le "Net art", les arts numériques, femme artiste et professeur...
Hum, hum, un exotisme rare, jamais trop relayé, mais "in situ" qui a fait évoluer considérablement la question sur ces médias. Résultat, tout le monde était connecté, quelques années plus tard. Mes étudiants étaient devenus, à plus de la moitié, des étudiantes. Ils avaient tous un portable, savaient créer des sites Internet et développer des démarches originales, et mes collègues communiquaient un peu plus par mail. L'école s'était armée de plein d'ordinateurs à montrer aux délégués des arts plastiques qui inspectaient celles-ci, comme preuves qu'il y avait bien du multimédia à l'école (oui car curieusement on ne montrait pas les enseignements, les projets des étudiants, leur tuteurs, tutrices, mais, les machines, qui tombaient 3 ans plus tard en désuétude) Du côté de l'institution c'est autre chose. Malgré la richesse de ces cours et leurs renommées au-delà des frontières françaises :
- un petit tour du côté de chez
Marc Watthieu à l'
ERG (École de Recherche Graphique) de Bruxelles en Belgique, en visite chez
Imal, (interactive Media Art Laboratory) avec Yves Bernard
- un petit tour du côté du Portugal à Lisbonne avec la
FBA (Faculté des Beaux-Arts) et ses théoriciennes des nouveaux médias ("Mestrado in Communication Design and New Media" avec Luísa Ribas, "Som e Imagem", Maria Teresa Cruz "Crítica dos Novos Media")
Malgré ces riches échanges dont les écoles ont profité, je n'ai jamais été titularisée dans les fonctions que j'occupais ! Plusieurs fois invitée en membre du jury des diplômes, en exposition au Centre Pompidou sur les 7 artistes professeurs français qui enseignent les arts numériques en France... J'ai toujours été maintenue dans un contrat supra-précaire, un plafond de verre honteux à exprimer devant des étudiants, qui faisait que je payais pour pouvoir enseigner (mon salaire partait dans les transports et hébergements)
Souvent, un professeur qui n'était pas spécialisé dans ce domaine du multimédia et qui postulait dans cette discipline (ou qui n'avait aucune expérience de l'enseignement) prenait ma place. Des hommes souvent étaient nommés par le jury supra-caduque du CNFPT. Trois concours, trois échecs (des constitutions de jury qui n'avait rien
à faire de la parité, pas d'artiste, ni de professeur), et on me riait
au nez car on me disait que la création multimédia n'avait rien à faire
dans les écoles des beaux-arts. Par ces actes, mes amis étaient témoins des
dégâts collatéraux que cela engendraient (l'enseignement tirait par le bas) Bref, sacrée période de 10 ans ! On appelle cela : l'expérience ;.) Je suis bien heureuse d'enseigner dans une École Nationale Supérieure d'Art, c'est tout de même un peu plus sérieux au niveau des statuts et de la reconnaissance des activités de recherches artistiques (même si mon jury n'était encore pas au fait de la parité, en 2010. Il est intéressant de noter, qu'aujourd'hui, les étudiants font de suite la remarque lorsque ceux qui constituent et invitent les membres et président du jury de leur diplômes de fin d'année n'ont pas encore compris la parité. Il y a une dizaine d'années, devant ce fait 'automatique', on n'osait rien dire, on subissait) Mais les
habitus sont encore là, hélas (hommes, femmes, garçons, filles, jeunes, vieux, tous avec des
habitus et très peu de remise en question) J'ai étudié au Canada, à Vancouver entre 1996 et 1997, et jamais, nous n'avions à constater ces problèmes de genre et d'autorité dominante dans les professeurs, les jurys, les invitations d'artistes. Les étudiants bénéficiaient de représentations "mixtes" et les études artistiques étaient basées sur des femmes artistes et des hommes, sur l'histoire aussi des
First Nations, mais là, ici, tout reste à faire question représentation et mixité, ou mé-tissages, de techniques et de culture.
Cendrillon tente d'ouvrir la question, sans apporter de réponse.
*
Ce qui m'intéresse le plus, du côté de l'enseignement, c'est la recherche pédagogique et ce sont les échanges avec le corps enseignant, artistes, théoriciens, techniciens, artisans, ce sont ces échanges humains, avec chaque étudiant, qui à mon sens, font "école", forment et nous apprend.
Bref, un nouvel oiseau est rentré dans ma vie, et le ciel est bleu.
Une source d'invasion ou d'inspiration ?
Église St Jacques de Montauban (Photo : Sonia Marques)Une dernière image de Montauban, l'église St Jacques, construite au XIIIème siècle.
Au dessus du portail néoroman du XIX° se trouve la mosaïque représentant "la vision d'Ezéchiel" de la même époque.
Il semblerait, d'après mes
recherches, que cette faïence émaillée, soit de Raymond Balze, copie d'après Raphaël, (Acquisition 1877
Localisation Tarn-et-Garonne ; Montauban
Edifice église Saint-Jacques)
Extrait à décrypter :
La palette du peintre d'émail est extrêmement riche. Les oxydes
métalliques se prêtent à un nombre infini de combinaisons avec le
verre à base de plomb. Les émaux opaques contiennent de l'oxyde
d'étain. Le vert, l'azur, le turquoise, le pourpre, le gris de perle, le
bleu d'horizon, l'orangé, lecitrin, l'aiguë marine s'obtiennent ou
francs, ou en tons rompus formant une gamme chromatique. Le
rouge clair est appelé, dans les anciens traités, «le chef et le pa-
rangon. » Il fut découvert, selon Benvenuto Cellini, par un orfèvre
qui cultivait l'alchimie, et qui le trouva au fond de son creuset, en
cherchant à faire de l'or.
Mais malheureusement tous ces verres ne sont point également
fusibles. Il faut donc que l'artiste connaisse à merveille les degrés
successifs de température qu'ils peuvent subir sans se fondre de
nouveau et s'empâter les uns dans les autres. Il place les très-durs
les premiers, les durs en second et procède ainsi jusqu'.à la fin.
Une plaque d'émail peut passer au feu jusqu'à vingt fois. One de
chances d'accident, ne fût-ce que pour la plaque qui sert de sub-
jectile et qui, ainsi que cela est arrivé sous nos yeux, ne se tordit
qu'à une dix-huitième cuisson!
Les émaux de petit feu s'appellent « émaux de porcelaine. » Ce
sont ceux qu'emploient généralement les bijoutiers. Le dix-hui-
tième siècle a décoré ainsi des parures complètes, la montre,
l'agrafe, la clef, les breloques et le flacon.
http://www.archive.org/stream/chefsdoeuvredesa00burt/chefsdoeuvredesa00burt_djvu.txt