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Blog Kiwaïda

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vendredi 26 mars 2010

FRIPONNE PORCELAINE

"Quelle séduisante pécheresse ! On eut dit qu'elle s'appliquait à montrer au spectateur l'exquise friponne de porcelaine ; l'éclat de sa beauté paraissait presque insupportable, la stature était parfaite, parfaite aussi la grâce des attitudes ; les cheveux tressés formaient une coiffure charmante ; la teinte pourpre des lèvres se détachaient de loin sur la blancheur ivoirine de la peau. C'était un spectacle à mettre en branle tous les hôtes des bois, et à tourner les têtes de toute une ville. Cependant un jury de critiques d'art n'aurait peut-être pas admis que Claire fut belle : l'irrégularité des traits reste incompatible avec la beauté. Les lignes du corps leur auraient paru admirables, la silhouette et la démarche auraient remporté tous les prix. La robe de Claire bien faite pour ce jour d'été, dessinait  les formes du corps, tout en flottant sans contrainte autour de lui ; "vêtu comme Calypso" aurait affirmé le docteur Middleton. Regardez le bouleau argenté sous la brise : le feuillage ici se soulève, là s'éparpille, il enfle comme un ballon au gré du vent, il se déploie comme une aile ; tantôt il la cache vivement, comme pour faire croire qu'elle est toujours restée cachée, puis tout l'arbre ondule et murmure, tandis qu'au travers des feuilles on aperçoit encore des lueurs blanches. Claire possédait l'art merveilleux de mettre sa toilette en harmonie avec le ciel et la saison."

Ainsi écrivait le poète anglais George Meredith, dans "L'égoïste" en 1879. Ce poète des femmes rebelles, pour qui l'homme est un être de vanité dont la femme doit se libérer. Dans ce roman de "L'égoïste" le héros est rejeté successivement par deux fiancées exaspérées par son égocentrisme, avant d'être accepté par une troisième, qui ne l'aime plus. Étrange défenseur de la liberté féminine pour son époque.


Photo du film "Pauline à la plage" d'Éric Rohmer (1983)

C'est en regardant le film d'Éric Rohmer (réalisateur décédé en janvier dernier), "Pauline à la plage" de 1983 et un entretien de Rohmer avec Jean Douchet (pour Cinéastes de notre temps, la sept arte, 1993), que je découvre son inspiration, de la friponne porcelaine, tirée de "L"égoïste" George Meredith. Professeur de lettres et écrivain, Rohmer réalise un cycle de six films baptisé "Contes Moraux" avec comme thématique des intrigues sentimentales, rencontres et hasards (sur un canevas commun : le choix de la femme, la tentation de l'infidélité puis le retour vers l'élue)

Il y a dans ce que j'ai pu lire de Meredith un écho à ce qu'exprime le film par le rôle des acteurs  : Marion, jouée par Arielle Dombasle se trompe sur son désir par fascination en se jetant sur le premier homme venu (Henri l'homme voyageur), tandis que Pierre est amoureux de Marion et l'attend depuis longtemps, trop proche elle le fuit ; et Pauline l'adolescente en apprentissage dans cette observation triviale  va également expérimenter la complexité du sujet : tomber amoureux comme tomber malheureux parfois. Meredith met en garde les femmes sur cette fascination première d'une virilité, qui s'avère "vile". L'inspiration de Rohmer pour Meredith est étonnante dans l'approche contemporaine et le côté "amateur" qu'exprime le réalisateur dans sa façon de tourner un film. Nous sommes loin de la poésie virtuose de l'époque de Meredith et pourtant nous sommes dans une autre forme de poésie, tout aussi virtuose dans la trame de l'histoire de "Pauline à la plage". L'évidence du propos, dans les méandres des sentiments amoureux et dans la fuite du désir est rendue par la simplicité et "le naturel" des personnages et des décors. L'autre inspiration puisée dans les arts plastiques avec Matisse est aussi un lien avec ce trait simple, évident des dessins de Matisse, de sa peinture, qui parait être le fruit d'un hasard et qui pourtant montre une savante construction. Une sorte d'harmonie des sentiments naissants et forts sitôt fugaces, d'états transits, amoureux, sans qu'ils soient propriété des uns et des autres. Comme le trait de Matisse, le sentiment amoureux est disponible, il est offert, mais on ne peut jamais avoir la certitude qu'il est acquis.

Meredith aussi écrit comme s'il peignait : la teinte pourpre des lèvres se détachaient de loin sur la blancheur ivoirine de la peau... l'exquise friponne porcelaine... tout en déshabillant un personnage, le romancier le rhabille aussitôt d'une mousseline blanche, provoquant chez le lecteur, la lectrice, cette hésitation d'appropriation des sentiments que Rohmer sait provoquer chez le spectateur, la spectatrice de ses films. Un oui, un non et puis ni-oui, ni-non.

dimanche 27 décembre 2009

MIRROIRS

Photo du Pont St Étienne à Limoges / Sonia Marques

lundi 8 juin 2009

COCOTRISTE (ALBUM)


Voici l'abum Cocotriste, sorti sur le label Ubiktune. J'ai beaucoup apprécié travailler avec l'autrichien Rico Zerone. Depuis mon article sur son dernier album ici, puis la première impulsion d'un agencement commun ici, nous avons élaboré ce projet ensemble, en lui donnant le nom du poème le plus triste, parmi un éventail enjoué d'envols. Je dois remercier RZ pour ses compositions mélodieuses et décomplexées. Elles s'ajustent sur ma voix qui s'éloigne, tandis que le sens de mes poésies se placent avec plus d'évidence. Il a tenu à sélectionner un de mes dessins et c'est me rendre un grand service tout en me faisant la surprise du concept global et de l'enchaînement des musopoésies. J'avais initié quelques agencements sur ses compositions déjà diffusées, puis il en a inventé de nouvelles. Le dessin qu'il a choisi est l'un des rares en bleu parmi les noirs. Il ressemble fort à un carreau de céramique portugais : un azulejo. En tout cas cet oiseau bleu est porteur de messages...

Nous avons investis l'espace-temps d'une cours de récréation, à mi-chemin entre différents pays, (vive Internet !) Dans cette isolation buissonnière, le sens de certains de mes poèmes ont trouvé une voix et de nouveaux horizons. Entre "l'amour ça pique" et "je décolle ravie", il y a le "fleuve qui forme les larmes" de cocotriste, les dessins de vies parcourues sur un papier millimétré, "millimètre par millimètre..."

Travail direct et stimulant à flux tendu et pourtant détendu... des hérétiques dans des lieux écartés. RZ m'a fait découvrir le net-label Ubiktune (mis à jour par C-jeff) Il diffuse et publie des musiques liées avec la chiptune (musiques fait avec des puces, chip,  d'ordinateur) Chaque album est disponible en téléchargement gratuit en version MP3, afin de favoriser le partage, tout en mettant un point d'honneur au respect des auteurs et à la non-commercialisation des projets. Ce net-label est hébergé sur le serveur Untergrund.net, qui accueille un grand panel de sites de la scène démo...

Ubiktune décrit l'album Cocotriste par rapport à la cosmic music, qui est un mélange de pop-synthé, d'électronique, de percussions chaudes sud-américaines et de la minimale froide venue d'Europe... Ce Space Disco, mental et onirique, a été initié par le DJ italien Daniele Baldelli au Cosmic club, fin des années 70. J'avais d'ailleurs pu apprécier un live lors du festival parisien Villette Sonique en 2007. J'avais bien aimé le Black Devil Disco Club à cette occasion, très relaxant dans l'espace des objets volants non identifiés, des châteaux hantés. J'apprécie cette musique hypnotique, lorsqu'elle est sensuelle et abstraite. Je n'y avais pas pensé à priori pour la création de cet album mais plutôt à un versus samba/bossa nova pour le graphisme de la pochette, que Rico à concrétisé dans ses percussions rythmiques. Pourtant le titre "Abstraction", une histoire d'avion tel un jeu d'enfant, avec tous les rêves emmenés dans l'engin et "I feel love" sont bien sur la piste cosmique. J'avais composé un son extrêmement ralentit pour placer ma voix sur les paroles de Donna Summer, du célèbre morceau qui révolutionna le disco ("I feel love"), puis il est devenu, après composition de RZ, complètement léger et sautillant (c'est la puce, la chip ;.) et assez incroyable par rapport à l'original... Simplement jouissif !

J'aime aussi l'idée qu'un message est aussi bien un dessin, un poème, une fleur, un graphisme, une mélodie, un son, une couleur, quelque chose d'entrainant qui raconte une histoire ou bien qui place des mots, une voix dans un espace... infini.

Spéciale dédicace à l'oiseau bleu.

Pour télécharger la pochette à imprimer chez soi en bonne définition, les poèmes, les sons en mp3 : http://www.nissologie.net/snd_cocotriste.html

vendredi 8 mai 2009

OTTE

Aujourd'hui, il m'est difficile de trouver un texte qui m'a beaucoup marqué, écrit par l'artiste Louise Bourgeois, publié en 1995 et composé musicalement par Ramuncho Matta, qui se nomme : OTTE. Grâce à Youtube, je peux écouter sur le montage vidéo réalisé par quelqu'un, au sujet de Louise Bourgeois, ce son jazzy et électronique et ce poème. Grâce à la numérisation en ligne (de Google) d'un livre portugais sur l'artiste, j'ai eu accès à une retranscription du poème OTTE.

Le livre : Louise Bourgeois: Destruição do pai reconstrução do pai : Escritos e entrevistas 1923-97 Par Louise Bourgeois, Marie-Laure Bernadac, Alvaro Machado, Hans Ulrich Obrist, Luiz Roberto Mendes Goncalves, Publié par Cosac Naify Edições, 2000

Mais que de péripéties ! Pour un texte qui pourrait se trouver plus facilement, tant il me semble important. Il n'y aurait donc que les portugais qui ont retranscris ce texte. Voici que je le recopie ici. J'ai traduis en français l'introduction portugaise de ce texte :

"Concu et publié pour la première fois en 1995 dans le catalogue de l'exposition collective Fémininmasculin : Le sexe de l'art, du Musée nationale d'art moderne du Centre George Pompidou à Paris (17 octobre 1995 au 8 janvier 1996) Ce "poème" fait partie d'une sélection fait par l'artiste, par Marie-Laure Bernadac et par Bernard Marcadé entre un grand nombre d'annotations (brouillons) sur les mots français inventés avec le suffixe otte. Otte confère un ton péjoratif et moqueur à la signification originale du mot. La traduction des jeux de mots (dans d'autres langues) se perd."

OTTE (par Louise Bourgeois) :

Il découvre
un vaccin
Elle dégotte
un canapé à l'Hôtel des ventes

Il est un diseur, elle calembourgeotte
Il parle, elle parlotte
Il joue à la bourse, elle boursicotte
Il cuisine, mais elle popotte
Il transporte, elle fourgotte
Il siffle, mais elle sifflotte
Il touche, elle touchotte
Il tousse, elle toussotte
Il bouqine, elle bouqinotte
Il vit, elle vivotte

Pour son pote, elle est idiote
Avec son pote, elle dansotte

Je suis un beau vieillard, mais tu es vieillotte

La littote a été la bouée de sauvetage de Lisotte
Louise est une momotte (elle fait des mots)
Créosotte (Louise joue sur les mots, elle crée, donc elle est une créosotte)

Charlotte à la crème / Charlotte à la crotte
Notes sur Charlotte
Qui est Charlotte ? Une idiote

Il escamote les crottes contre les carottes
Des bécottes

Idiote sans dot, elle se fagote, se chapotte,
Et se culotte comme une cocotte

Dans sa cocotte, elle fricotte, elle popotte
Des compotes

Les cloportes de la poivrote trottent et rotent

Charlotte, l'idiote, vivote et souffrote
Elle se fagote et se chapotte
Comme une berlingotte
Elle boursicote des échalottes
Dans sa gnognotte
Elle ne mange pas, elle chipotte

La femme de l'amigo est une amigotte
La crapotte est la famme du crapaud
La chamotte est la femme du chameau

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Le catalogue de l'exposition de 1995 (Féminimasculin) et l'exposition elle-même sont de belles conceptions, de bons outils artistiques et théoriques de travail.