Si tu trouves sur la plage
Un très joli coquillage
Compose le numéro
Océan zéro, zéro
Et l'oreille à l'appareil
La mer te racontera
Dans sa langue des merveilles
Que Papa te traduira.
C'est un poème de Claude Roy, que j'apprenais enfant que je viens de retrouver dans un cahier. Je l'avais intitulé OCÉAN 00 mais je pense que ce n'est pas le bon titre (qui est plutôt "Bruit de la mer") Le chiffre énigmatique zéro, zéro m'avait beaucoup fait réfléchir et j'ai tenté de téléphoner au zéro zéro. Personne au bout du fil.

Vacances 1 - Photographie Sonia Marques
Chapitre premier
Le temps géologique : la pierre
Avant le temps, quand rien ne permet le repère, alors que tout interdit l'archéologie ou la généalogie, la pierre triomphe absolument. Sans les hommes qui rendent possible le réel par la conscience qu'ils en ont, la géologie impose une durée inconcevable, une éternité incarnée, une immortalité prisonnière de formes dures, redoutables et muettes. Dans le silence du mouvement des hommes ou des mammifères auxquels ils sont apparentés, le minéral impose sa loi cardinale et impérieuse : l'atomisme pétrifié, les particules emprisonnées dans le métal d'un schiste ou d'un grès, d'un basalte ou d'un granite.
Pierre brute, partout, en quantité, en nombre. Pierres éboulées, en cônes, pierres effondrées, en blocs, pierres dévalées, aléatoires, en immenses dessins élégants qui produisent des volumes ajoutés aux montagnes, pierres fatiguées, épuisées, éreintées, roulées, devenues lisses à force de nuits et de jours dans le roulis des vagues glacées, galets aux dimensions multiples, vieilles pierres à la mémoire lente ou pierres acérées récemment détachées des falaises, arrachées aux sommités par le vent et la pluie, la neige et la glace, le gel et le froid, les torrents et les dégels.
(Extrait du livre : Esthétique du Pôle Nord de Michel Onfray)

Vacances 2 - Photographie Sonia Marques
Dans quelles circonstances lit-on des livres ? Ici il fait très chaud et la lecture d'Esthétique du pôle Nord de Michel Onfray (2002) correspond bien à ce que j'imagine de la géologie, dans les extrêmes. Je suis en train de réaliser un grand dessin géologique sur la ligne et je relisais Gaston Bachelard, puis je suis tombée sur ce livre qui tombe à pic. Michel Onfray le cite d'ailleurs, le Bachelard, il n'y a point de hasard dans nos choix de lecture parfois.
Mais je laissais tomber "L'intuition de l'instant" (1932) car l'analyse sur Bergson n'allait pas au sable fin. Bergson soutient que le temps est une durée, Bachelard montre que nous ne saisissons le temps qu'au coeur de l'instant vécu, nouveau, "créateur". J'adhère complètement à l'analyse même si le texte est moins facile d'accès que tous ses autres livres métaphysiques et poétiques.
Vacances 3 - Photographie Sonia Marques
Un ami m'a dit que le nom choisi pour le nouvel oiseau qui occupe mes journées n'était pas approprié car c'était un nom chaud, du Sud, tandis que le plumage faisait de lui un oiseau des glaces. Comme il me dit, il aurait pu s'appeler Léopold comme Léo Pôle Nord. J'ai trouvé cette remarque très pertinente, d'un humour qui tombe à pic. C'est le blanc dans le bleu. Cet animal iceberg au nom tropical correspond à l'idée que je me fais de la géologie, dans les extrêmes.

Vacances 4 - Photographie Sonia Marques
Parfois on s'imagine habiter des lieux. Le rêve pour cela donne un espace infini pour y déposer les sièges où s'asseoir face à la mer. Ici ma maison était née dans les années 50. J'avais un souvenir d'enfance très précis. J'étais assise sur une chaise en bois et mon père rouspétait après moi car je me balançais, peut-être ?, ou je ne tenais pas en place, peut-être ?, sur celle-ci. Je me suis alors souvenue précisément de son design des années 50, finlandais. En faisant des recherches, elle est la création ou l'inspiration du designer Ilmari Tapiovaara, dont j'ignorais le nom avant mon souvenir. Les barreaux noirs se sont, à l'usure, cassés. Elle faisait du bruit, elle grinçait, à ma place. Combien y-avait-il de places ? Elles sont sans doute détruites. Aujourd'hui j'aimerai retrouver ces objets. Je rêve de cette maison et j'y dépose des sièges pour m'asseoir face à la mer. L'histoire de Royan nous apprend que cette ville fut détruite par de terribles et meurtriers bombardements et reconstruite dans les années 50. L’architecture de la reconstruction était révolutionnaire, l’esthétisme moderne, influencé par le courant tropical, illustré au Brésil par Oscar Niemeyer. Je pense à Brasilia lorsque je regarde la mer sur ma chaise Ilmari Tapiovaara et je ne casse rien car je sais que je suis dans la villa Ombre-Blanche, construite en 1958 de l'architecte Bonnefoy ouverte sur l'océan, d'un mélange entre Le Corbusier et la nouvelle modernité de Niemeyer. Je sais que Léopold Sédar Senghor était un poète comme l'oiseau bleu. La page blanche est mon amie.




