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Blog Kiwaïda

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lundi 23 août 2010

PÔLE NORD

Si tu trouves sur la plage
Un très joli coquillage
Compose le numéro
Océan zéro, zéro
Et l'oreille à l'appareil
La mer te racontera
Dans sa langue des merveilles
Que Papa te traduira.

C'est un poème de Claude Roy, que j'apprenais enfant que je viens de retrouver dans un cahier. Je l'avais intitulé OCÉAN 00 mais je pense que ce n'est pas le bon titre (qui est plutôt "Bruit de la mer") Le chiffre énigmatique zéro, zéro m'avait beaucoup fait réfléchir et j'ai tenté de téléphoner au zéro zéro. Personne au bout du fil.


Vacances 1 - Photographie Sonia Marques

Chapitre premier
Le temps géologique : la pierre
Avant le temps, quand rien ne permet le repère, alors que tout interdit l'archéologie ou la généalogie, la pierre triomphe absolument. Sans les hommes qui rendent possible le réel par la conscience qu'ils en ont, la géologie impose une durée inconcevable, une éternité incarnée, une immortalité prisonnière de formes dures, redoutables et muettes. Dans le silence du mouvement des hommes ou des mammifères auxquels ils sont apparentés, le minéral impose sa loi cardinale et impérieuse : l'atomisme pétrifié, les particules emprisonnées dans le métal d'un schiste ou d'un grès, d'un basalte ou d'un granite.
Pierre brute, partout, en quantité, en nombre. Pierres éboulées, en cônes, pierres effondrées, en blocs, pierres dévalées, aléatoires, en immenses dessins élégants qui produisent des volumes ajoutés aux montagnes, pierres fatiguées, épuisées, éreintées, roulées, devenues lisses à force de nuits et de jours dans le roulis des vagues glacées, galets aux dimensions multiples, vieilles pierres à la mémoire lente ou pierres acérées récemment détachées des falaises, arrachées aux sommités par le vent et la pluie, la neige et la glace, le gel et le froid, les torrents et les dégels.
(Extrait du livre : Esthétique du Pôle Nord de Michel Onfray)


Vacances 2 - Photographie Sonia Marques

Dans quelles circonstances lit-on des livres ? Ici il fait très chaud et la lecture d'Esthétique du pôle Nord de Michel Onfray (2002) correspond bien à ce que j'imagine de la géologie, dans les extrêmes. Je suis en train de réaliser un grand dessin géologique sur la ligne et je relisais Gaston Bachelard, puis je suis tombée sur ce livre qui tombe à pic. Michel Onfray le cite d'ailleurs, le Bachelard, il n'y a point de hasard dans nos choix de lecture parfois.

Mais je laissais tomber "L'intuition de l'instant" (1932) car l'analyse sur Bergson n'allait pas au sable fin. Bergson soutient que le temps est une durée, Bachelard montre que nous ne saisissons le temps qu'au coeur de l'instant vécu, nouveau, "créateur". J'adhère complètement à l'analyse même si le texte est moins facile d'accès que tous ses autres livres métaphysiques et poétiques.


Vacances 3 - Photographie Sonia Marques

Un ami m'a dit que le nom choisi pour le nouvel oiseau qui occupe mes journées n'était pas approprié car c'était un nom chaud, du Sud, tandis que le plumage faisait de lui un oiseau des glaces. Comme il me dit, il aurait pu s'appeler Léopold comme Léo Pôle Nord. J'ai trouvé cette remarque très pertinente, d'un humour qui tombe à pic. C'est le blanc dans le bleu. Cet animal iceberg au nom tropical correspond à l'idée que je me fais de la géologie, dans les extrêmes.


Vacances 4 - Photographie Sonia Marques

Parfois on s'imagine habiter des lieux. Le rêve pour cela donne un espace infini pour y déposer les sièges où s'asseoir face à la mer. Ici ma maison était née dans les années 50. J'avais un souvenir d'enfance très précis. J'étais assise sur une chaise en bois et mon père rouspétait après moi car je me balançais, peut-être ?, ou je ne tenais pas en place, peut-être ?, sur celle-ci. Je me suis alors souvenue précisément de son design des années 50, finlandais. En faisant des recherches, elle est la création ou l'inspiration du designer Ilmari Tapiovaara, dont j'ignorais le nom avant mon souvenir. Les barreaux noirs se sont, à l'usure, cassés. Elle faisait du bruit, elle grinçait, à ma place. Combien y-avait-il de places ? Elles sont sans doute détruites. Aujourd'hui j'aimerai retrouver ces objets. Je rêve de cette maison et j'y dépose des sièges pour m'asseoir face à la mer. L'histoire de Royan nous apprend que cette ville fut détruite par de terribles et meurtriers bombardements et reconstruite dans les années 50. L’architecture de la reconstruction était révolutionnaire, l’esthétisme moderne, influencé par le courant tropical, illustré au Brésil par Oscar Niemeyer. Je pense à Brasilia lorsque je regarde la mer sur ma chaise Ilmari Tapiovaara et je ne casse rien car je sais que je suis dans la villa Ombre-Blanche, construite en 1958 de l'architecte Bonnefoy ouverte sur l'océan, d'un mélange entre Le Corbusier et la nouvelle modernité de Niemeyer. Je sais que Léopold Sédar Senghor était un poète comme l'oiseau bleu. La page blanche est mon amie.


lundi 2 août 2010

PRIÈRE


Capture sur GoogleMap de
The World  (archipel d'îles artificielles des Émirats arabes unis dont la construction en 2003 a été interrompue à cause de la crise financière de 2007-2009)

Si l'aura n'était plus ce qu'elle nous renvoyait au début de la photographie et du cinéma pour Walter Benjamin (son essai publié en 1935 : "L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique") quand est-il 75 années plus tard, aujourd'hui, en 2010 de ce point de vue ?
Si l'émancipation de cet essai critique et sans nostalgie (art sacré) par rapport aux arts dits traditionnels et l'avènement des oeuvres photographiques et cinématographiques et sans à priori sur la participation des masses (aliénation, marchandisation) fut pourtant long à prendre en modèle théorique (dans l'art) ; quand est-il aujourd'hui de notre rapport à Internet et l'art contemporain ?

Il y peu d'écrit sur l'esthétique lié aux outils d'aujourd'hui, écrits sur l'art, sur comment se fabrique l'art aujourd'hui (avec nos modes de pensée + transdisciplinaires) avec le style de Walter Benjamin : sans nostalgie ni à priori.

Le point de vue adopté dans les écrits sur le média de communication Internet, qui a radicalement changé notre "perception" de l'art et de l'identité, est souvent le même, il pointe les dangers (l'aliénation) et la médiocrité (perte de qualité) mais, me semble-t-il, peu d'observation claire et scintillante du monde virtuel dans notre réel et de notre gestuelle pour y parvenir, de l'usage de nos outils.

Avec les culturals-studies,

-courant de recherche à la croisée de la sociologie, de l'anthropologie culturelle, de la philosophie, de l’ethnologie, de la littérature, de la médiologie, des arts, etc. D'une visée transdisciplinaire, elles se présentent comme une "anti-discipline" à forte dimension critique, notamment en ce qui concerne les relations entre cultures et pouvoir. Transgressant la culture académique, les cultural studies proposent une approche "transversale" des cultures populaires, minoritaires, contestataires, etc. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Cultural_Studies)

, le point de vue de Walter Benjamin, aujourd'hui, serait ébranlé à son tour. Dans son essai, quelques auteurs majeurs d'une société, avant les techniques de reproduction étaient rares et avec la conscience des masses et de l'époque de sa reproductibilité technique sont devenus encore plus rares. Avec l'étude des cultures populaires et minoritaires, par leur approche transversale et transdisciplinaire, on peut se poser la question des modes d'élection, dans l'histoire, pour devenir un auteur. La pensée alors, réduite à l'exclusion de minorités, des femmes... avec une visée esclavagiste, ne pouvait alors qu'élire quelques rares auteurs dignes de représenter cette pensée.

Autre réflexion :

Il me semble que la question de l'aura, avec Internet, s'est retrouvé reprendre sa distance perdue dans les techniques de reproduction de l'époque de Walter Benjamin (photo-cinéma) La révélation de l'absence par l'accès à l'émiettement continu des images est bien ce qui nous sépare.

La séparation, cette mise à distance est activée à chaque illusion de la proximité que l'on a des choses. Si l'on y pense : la mosaïque consumériste nous pousse à plus de concentration et à l'isolement. Si l'on n'y pense pas, on reste groupé, massé, amassé sur un canapé (oui mais avec 'boisson à volonté')

Là commence le recueillement retrouvé, le culte de l'absence, d'après sa disparition.

Dans le voeux d'union, ne reste que la prière.

vendredi 27 février 2009

SOLO OISIF LOISIR SLOW

SOLO

"Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer, des heures durant, personne — c’est à cela qu’il faut parvenir. Être seul comme l’enfant est seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l’enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s’en affairent et que l’enfant ne comprend rien à ce qu’elles font. S’il n’est pas de communion entre les hommes et vous, essayez d’être prêt des choses : elles ne vous abandonneront pas. Il y a encore des nuits, il y a encore des vents qui agitent les arbres et courent sur les pays. Dans le monde des choses et celui des bêtes, tout est plein d’événements auxquels vous pouvez prendre part. Les enfants sont toujours comme l’enfant que vous fûtes : tristes et heureux ; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien" (Rainer-Maria Rilke dans Lettres à un jeune poète)


Photo © Sonia Marques (2008-Gagny)

"Vous n’avez pas besoin de quitter la chambre. Restez assis à votre table et écoutez. N’écoutez même pas, attendez, simplement. N’attendez même pas, restez bien tranquille et solitaire. Le monde s’offrira librement à vous sans masque. Il n’a pas d’autre choix. Il se roulera en extase à vos pieds"  (
Franz Kafka)



Photo © Sonia Marques (2008-Gagny)


"Quand les choses se passent trop vite, personne ne peut être sûr de rien, de rien du tout, même pas de soi-même"
 (Milan Kundera dans La lenteur)

OISIF

Badaud, désoeuvré, flâneur, inactif, inoccupé, qui n'exerce pas d'activité...

Selon Bertrand Russell (1932), une journée de travail de quatre heures nous rendrait plus amicaux, moins oppressifs et moins enclin à considérer les autres avec suspicion.
"Croire que le travail est une vertu est la cause de grands maux dans le monde moderne [...] la voie du bonheur et de la prospérité passe par une diminution méthodique du travail"
Mais
"L’idée que les pauvres puissent avoir des loisirs a toujours choqué les riches"

(Éloge de l'oisiveté : essai de Bertrand Russell publié en 1932)

LOISIR

Le mouvement Arts & Crafts, littéralement Arts et artisanats, est un mouvement artistique réformateur, né dans les années 1860 à 1910, époque glorieuse de l'Angleterre victorienne. William Morris, écrivain, poète, peintre, dessinateur et architecte britannique, célèbre pour son influence en arts décoratifs, reprochait à l'industrialisation de laisser prendre la machine le dessus en étouffant l'esprit créatif. Revenir à la fabrication par la main, lente et attentive, favorisa des produits issu de l'artisanat.

Aujourd'hui, dans le graphisme, le "fait main" a du succès en chahutant les productions numériques hight tech, vers des productions plus low tech. Des décors en 3 dimensions réutilisés dans les produits de communication en 2 dimensions (plats) nous montrent les détournements optés afin de créer quelques illusions, magies des coulisses à demi-révélées, orchestrées dans l'espace. En témoignent les éditions Die gestalten (Tangible, Data Flow, Tactile). Garçons et filles se livrent à des montages décomplexés des idées féministes (osées à l'époque) qui dénonçaient le "fait maison", comme obstacle à l'égalité des sexes (en témoignent les oeuvres d'Annette Messager dans les années 70) On peut voir le nombre de micro-communautés artistiques aujourd'hui (soit 40 ans plus tard) se retrouver autours du crochet-tricot, Knit (Microrevolt, Kniknit, Patricia Waller) des activistes ou des contemplatifs, entre pixels et points de croix, retrogamings, mais aussi un onirisme déployé, choyé, fantaisiste à souhait. (voir les pompons de laine de Vidya Gastaldon, artiste et ex-dj, avec une esthétique hippie minimale, "Leurs objets, conçus avec Jean-Michel Wicker, paraissent emplis de joie") Une proximité avec les arts décoratifs et artisanaux qui ne se cache plus.

Il y a une conscience du trop hight tech, pour aller vers des productions plus low tech, avec des recyclages de machines récemment tombées en désuétude ou des jouets (comme article sur les musiques chiptunes, ou le circuit-bending) Et contrairement à une vision passive, ces activités protéiformes génèrent de la créativité à tous les niveaux. Souvent les artistes illustrent des réseaux ou cartographies et topologies qui résultent des nouveaux médias, immédiats... mais avec l'art de la lenteur et de la patience qui impose une mise à distance des oeuvres (voir article sur l'origami)

SLOW

Dans l'Éloge de la lenteur (2007), le journaliste canadien Carl Honoré nous parle des mouvements "Slow", indicateurs de la volonté de ralentir une société basée sur la logique "du toujours plus vite" (Slow food en réaction aux fast-food, Slow Travel : trouvons des alternatives à nos TGV, train à trop grande vitesse, ça y est c'est fait de mon côté... travailler plus proche de son lieu d'habitation... Slow Shopping : pour ça, je crois qu'on peut faire confiance à pas mal de personnes , et le Slow Design : la tendance écolo-éthique,  face à l’invasion d’objets déco standardisés, régis par les lois de la production, théorisé par Alastair Fuad-Luke en 2004)

Le Slow sex serait un hommage aux tortues tantriques
, à l'érotisme mature extatique... Quand l'amour prend son temps - downtempo...

"Écoutez les conversations masculines, il n'y est question que du nombre de femmes, du nombre de fois, du nombre de positions. Toujours des nombres" dit L'italien Alberto Vitale (qui a fondé le mouvement Slow Sex, en 2002)  "Vous allez au lit avec une liste d'étapes à franchir. Vous êtes trop impatient, trop centré sur vous-même pour véritablement apprécier le sexe" 
Carl Honoré, dit que 40% des femmes souffrent d'un manque de désir ou de plaisir sexuel, car ajoute-t-il, il faut en moyenne 20 minutes aux femmes pour atteindre leur pic d'excitation, tandis que les hommes y parviennent en moins de 10. D'après lui, une femme a besoin de plus de temps et préfèrent "a lover with a slow hand" (un amant qui prend son temps, chanté par les Pointer Sisters)

Mais pourquoi nous reparle-t-on de chiffres, de pourcentages et de quotas, de nombres ?  Pic pic ? D'après moi, une femme a besoin de faire ce qui lui plait : "femme des années 80, femme jusqu'au bout des seins" (aïe c'est de Sardou)



Photo © Sonia Marques (2007-Paris : La flêche noire est en papier collé sur le téton du bas-relief)


Jardiner, cuisiner, tricoter, chanter, et aussi marcher, comme l'écrit Michel de Certeau (L'Invention du quotidien, 1. Arts de faire et 2. Habiter, cuisiner)

*

jeudi 26 février 2009

LA LANGUE DES OISEAUX




La conférence des oiseaux : poème masnavi  de l’oeuvre de Farid al-Din Attar, né en Perse vers 1140, grand poète mystique d’inspiration soufi. Il relate les hésitations, les réflexions et le voyage de 30 oiseaux, pélerins,  conduits par la huppe, à la recherche de Simorgh, leur roi, à travers les sept vallées merveilleuses. Ce voyage symbolise l’itinéraire mystique de l’âme en quête du divin.  Contes, anecdotes, paroles de saints et de fous les accompagnent...
Les oiseaux abandonnent le voyage, un à un, chacun offrant une excuse, incapable de supporter le voyage. Chaque oiseau (huppe, rossignol, perroquet, paon... ) symbolise un comportement ou une faute. Ce sont les étapes par lesquelles les soufis peuvent atteindre la vraie nature de Dieu. Les oiseaux réalisent la vérité. À la fin de leur quête, ils découvrent leur moi profond (jeu de mots sur Simorgh signifiant également « 30 oiseaux »)

La langue des oiseaux : Cryptographie et jeu de sonorité, langue secrète, d’initiés, système de codage occulte lié à l’alchimie et à la poésie hermétique, « langue des anges », troubadours, kabbale, soufisme, métaphore, anagramme, palindrome, isotopie...

Le rêve parle la langue des oiseaux