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Blog Kiwaïda

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lundi 9 août 2010

LA VIE ENFANTINE DE LA TARENTULE NOIRE


Kathy Acker (New York, 1984 ? Pas trouvé le nom du ou de la photographe...)



La Vie enfantine de la tarentule noire
, par la tarentule noire de Kathy Acker Traduit de l'anglais (États-Unis) par Gérard-Georges Lemaire, Désordres/Laurence Viallet (2006)

Extrait du livre de Kathy Acker, lu à la piscine découverte... le pied !

Je suis née folle dans le Barbican, quatre ans après la défaite de l’invincible Armada. Je décide immédiatement de faire ce que je veux : vivre des aventures de bandit de grand chemin plutôt que de papoter avec une poignée de menteuses, me bagarrer avec un gourdin clouté, détruire chaque fichue pique qu’on tente de me lancer. Je suis la dame ourse, les yeux couverts de cuir, la reine de la chicane des joyaux des taudis. Si j’étais un homme, je rejoindrais les hommes du colonel Downe sur la route ; je naviguerais jusqu’aux territoires espagnols avec du velours noir sur mon œil gauche du velours noir sur mon entrejambe. Les combats de chiens, dans le Bear Garden (1), sont et resteront mon sport préféré. J’apprends à combattre, à m’armer de bâtons, de toutes les manières, à prendre soin de moi-même. Mon père est un tailleur idiot.
Mon père me hait, me dit que je dois être une femme et me faire engager chez un respectable sellier. Tout ce dont il a envie c’est de me violer. Je refuse. Le salopard s’arrange pour me faire enlever par ses amis, me fait jeter dans le donjon d’un navire qui appareille pour la Virginie. Je suis une esclave. Je reste assise pendant une heure parmi les rats, sur le plancher froid ; je vois une lumière filtrer à travers une fissure de la porte, je bande mes muscles, mes liens cèdent ; je jette un coup d’œil à l’en-tour, je m’échappe. Je me précipite directement vers le Bear Garden.
(Je ne me rappelle rien de ma prime enfance. Un docteur marron dit à ma mère qu’elle doit tomber enceinte pour bien se porter deux jours après elle tombe enceinte elle m’a et elle a l’appendicite. Je hais tout le monde ; tout le monde me hait. Je ne sais pas comment parler aux autres ni comment me faire des amis. Je suis plus sauvage et plus étrange que tous ceux que je connais ; mon père légume veut que je sois un gaçon et je ne veux rien être. Ma mère refuse de me dire qui est mon père.
(Je rencontre un cinéaste crève-la-faim c’est la première personne à laquelle je m’identifie je décide que je serai écrivain. Je ne veux pas être comme mes amies riches, alors je mourrai. Mes parents veulent me marier à un richard et se débarrasser de moi une fois que j’aurai épousé ce plouc caractérisé. Je ne peux pas les blairer non plus. Je veux être une motarde sexy et baraquée portant du cuir argenté sur une BMW et ne me laisser emmerder par personne.)
Je fréquente les détrousseurs et les brigands de la ville. L’âge d’or de la soustraction de bourses. Ils inventent les poches. Le gros fonce dans le pigeon, sème la pagaille. Le malandrin extraie l’argent de ses longs doigts agiles, passe le butin à son complice qui s’éclipse avant que quiconque crie de terreur.
Malheureusement ou heureusement, je suis une piètre voleuse. Mes mains sont modelées pour le gourdin clouté et l’épée, pas pour des opérations aussi intelligentes et délicates. Je risquerai ma vie librement comme tout esclave, mais c’est pénible. Je rêve que je suis dans la chambre noire, le donjon ; les rats courent sur mon con, mordillent tout mon corps ; je hurle, je hurle et je hurle.
(Je fais des cauchemars toutes les nuits. Environ une fois par semaine je pénètre dans la bibliothèque balance tous les livres des étagères je me trouve parmi des objets déplacés qui disparaissent je perds conscience pendant deux semaines puis je comprends que j’ai perdu conscience. Je suis reine parce que je baise beaucoup je ne me laisse atteindre par personne. Je fume beaucoup de joints de façon à pouvoir m’endormir. Parfois je suis extatique je dévale en dansant des collines pentues je ne peux m’arrêter de rire.
(Je quitte mes parents, puis mon mari, ma carrière. Je ne suis pas très douée pour gagner de l’argent. J’ai deux problèmes principaux : (1) comment gagner deux cents ou trois cents dollars par mois pour manger, payer le loyer, sans devenir un robot et en gardant mes vêtements sur le dos (2) faire ce que je veux, ce qui est réel, s’approcher de la réalité. Fin de ma vie.)
Je crois en la noblesse : prenant la défense de mes amis, risquant ma vie, quand c’est nécessaire : la dernière trace de ma féminité, une sorte d’instinct maternel, m’aide à résoudre les disputes de la bande. J’agis avec gentillesse et austérité ; pas une fçade, mais moi. J’essaie de me représenter ce qu’est la réalité. Je commence à préparer les vols et je deviens le receleur, pas le commanditaire ; la bande ne me chasse pas. Je dois mieux me protéger. Je rends leurs bijoux perdus aux honnêtes citoyens de la ville. Ils me paient bien et je paie la bande.
(Je songe à baiser avec K. J’ai trop peur pour parler à des gens que je ne connais pas très bien je me fais baiser par D je n’ai pas eu d’amis proches depuis bien trop longtemps. Comment en terminer avec ce problème? Je pourrais descendre jusqu’à ma planque habituelle : je veux être seule. Ce serait mieux pour moi si je pouvais baiser avec quelqu’un/une avec qui je pourrais parler. Je dois cesser de me comporter comme si j’étais timide.)
Je contrôle ma bande de malfaiteurs et les moindres détails de mon art. Je me débarrasse de moi-même en tant que femme. La plus grande bande de pickpockets de Londres. Je décide de sacrifier la liberté d’action de chaque membre pour sa propre sécurité. Je ne peux pas diriger autrement la bande et, par-dessus tout, je suis un excellent homme d’affaires. Si un membre de ma bande se comporte mal, je l’envoie à la potence, je suis roi. Je récompense mes fidèles associés : je n’hésite jamais à sauver un ami de l’énorme ombre noire du nœud coulant du bourreau. Je ne commets jamais de meurtre de mes mains.
Telles sont mes actions : je commande un régiment de porteurs pour surveiller les portes des marchands de tissus ; à la première occasion ils emportent les livres de comptes et les registres des négociants. Pendant quelque temps, les négociants paient le prix fort pour récupérer leurs livres, je désapprouve la violence ; je ne m’intéresse qu’à l’argent. Je porte un pourpoint et un jupon, l’ostentation ne m’intéresse pas ; plus tard, pour mon confort, je porte un grand ciré hollandais. Si quelqu’un se met en travers de mon chemin, je tire mon épée tranchante. Personne ne m’arrête. Je ne fréquente que des repaires d’hommes et je suis célibataire. Je suis constamment ivre, beuglant et rugissant des obscénités ; personne ne peut dompter ma folie infinie, qui résonne dans rues grises et humides de la ville rieuse.
(Je travaille dur je n’arrive toujours pas à coucher avec qui je veux (1) on me refuse (2) je suis trop timide pour parler à qui que ce soit si je travaillais plus dur et devenais célèbre alors tout le monde coucherait avec moi je n’aurais pas à être si timide je suis fatiguée je veux être la Vierge Marie avec une barre de fer placée contre mon foutu con il y a en moi des bites rouges comme celles des chiens, des animaux filent à minuit des lièvres sur des motocyclettes adamantines je commence à hurler.)
Voici mes amis :
Capitaine Hind (1), l’ennemi permanent des régicides, il prétend avoir fait ce que j’ai fait. La célèbre Moll Sack (2 ) qui a fait les poches de Cromwell le légume sur le Mall. Crowder (3,) qui s’habille comme un évêque et vole l’argent des vrais pénitents quand ils lui confessent leurs péchés. Nous sommes loyaux envers les morts. Ralph Briscoe, le gardien de la prison de Newgate, et Gregory le Bourreau sont mes vrais amis ; ils ont déjà coupé leur bite pour moi. Ils remplissent des jurys, font suspendre le jugement de mes hommes quand je lève le petit doigt.
Je satisfais ma sexualité avec les animaux. Je donne à chacun de mes chiens un lit de camp, les protège du froid en les enveloppant dans des draps et des couvertures ; je leur donne une partie de la délicieuse nourriture de la bande. Des perroquets volent dans mes cheveux noirs, criaillent jusqu’à ce que je gratte leur cou rouge et jaune. J’imagine que je vole dans la nuit, en toupillant en hurlant en poussant des cris, je suis le vent ; personne ne peut m’arrêter ou faire quoi que ce soit d’autre que m’aimer.

*

Voici peut-être le plus attachant et le plus explosif des romans de Kathy Acker (1947-1997) que le lecteur avait découverte l'an dernier avec Sang et stupre au lycée. Bien qu'il s'agisse de son tout premier livre, cette autobiographie terriblement fantasmatique, à mi-chemin de L'Attrape-coeurs de Salinger et de La Métamorphose de Kafka, balaie et démultiplie l'identité de l'écrivain avec une fureur inégalée. Tour à tour perturbée et fascinée par ses délires, et ce depuis sa plus tendre enfance, elle se fait courtisane, prostituée, brigande, empoisonneuse. (Extrait de La Matricule des Anges)

*

Et le soir, un perroquet vole dans mes cheveux noirs, criaille jusqu’à ce que je lui bise le ventre bleu. J’imagine que je vole dans la nuit, en toupillant en hurlant en poussant des cris, je suis le vent ; personne ne peut m’arrêter ou faire quoi que ce soit d’autre que m’aimer.

Lorsque j'ai découvert cette auteure, il y a quelques années, il n'y avait rien sur Google, ni Wikipédia. Aujourd'hui, c'est bon, la France a découvert son oeuvre. Avital Ronell, philosophe que j'aime lire aussi lui a rendu hommage bien des fois. Notamment dans la compilation de textes théoriques sur l'art :  Fresh Theory 2 – Octobre 2006 – Editions Léo Scheer, dans son texte intitulé “Kathy Goes To Hell” - (Tombeau pour Kathy Acker)

Extrait par Avital Ronell : Acker a écrit au sujet de la mémoire et à la mémoire du sujet, dans In Memoriam to Identity : « ‘Ils vous enseignent des trucs débiles à l’université ; l’université n’est à souhaiter à personne.’ J’étais en colère, quoique sans savoir pourquoi. » Il y a quelque chose dans l’institution de l’enseignement qui a mis Acker en rogne – quelque chose qui, pour elle, renvoie à un cursus raisonné de la stupidité, à un sentier de la mémoire pris à contre-sens, à la poursuite de techniques de mémorisation et d’épuisement vital. Lieu d’élaboration d’un certain type de restriction cognitive, l’université était pour Acker une cible brouillée par le double projectile du désir et de la répulsion, de la curiosité et du mépris.
(...)
Malgré sa léthargie paralysante et imbécile, l’université représentait une menace pour l’exercice de promiscuité linguistique de Acker, menaçant à chaque instant de révoquer sa licence poétique ; l’université l’enserrait dans une camisole libidinale, amadouait la virulence de ses récits – mais, je nous mélange peut-être là, je suis peut-être en train de parler de moi. Rien ne pouvait calmer Kathy Acker, pas même les puissants tranquillisants institutionnels qu’elle désirait. Elle était à découvert, enseignant comme une sorte de vacataire, privée des avantages qui l’auraient sortie de sa crise médicale. Je ne me résoudrai jamais à l’idée que Acker ait dû endurer l’absence d’assurance maladie. Comme beaucoup d’Américains, elle n’avait pas d’assurance sociale. Chaque personne, chaque institution devrait avoir à répondre de l’avilissement qui lui fut infligé, scellant ainsi son sort. On sait que Kathy refusait toute police d’assurance pour garantir sa liberté de penser et d’écrire, pour se protéger contre les innombrables calamités intellectuelles. Mais c’est une autre histoire...

J'ai été touchée par la description de cette amitié entre ces deux femmes d'esprit. Il y a celle qui inspire et celle qui raisonne et cela résonne dans leur tête. La poésie s'infiltre dans tout ce qui a de plus discipliné, l'université et je suis du même point de vue que Acker, évidemment. Leur interdisciplinarité singulière a su, malgré la disparition d'Acker, traverser le temps. En tous cas, jusqu'aujourd'hui, à la piscine découverte.


dimanche 25 juillet 2010

A GATA BORRALHEIRA


José Saramago et Eduardo Lourenço
Source : http://caderno.josesaramago.org/2008/10/13/eduardo-lourenco/

Je lisais le blog de José Saramago, écrivain portugais décédé ces derniers temps. Depuis son île, après les polémiques de ses livres, il écrivait ses carnets (cadernos) en ligne. Un blog dont je me suis longtemps demandé si c'était bien lui qui écrivait ces notes. Je recherchais alors un autre écrivain portugais, dont j'aime les écrits et qui m'a beaucoup appris sur le temps portugais à l'attention des français, sur l'Europe : Eduardo Lourenço. Je me demandais s'ils se connaissaient, s'ils s'appréciaient. Il n'est pas dit lorsque l'on apprécie des auteurs différents, que eux-mêmes s'apprécient mutuellement et sont liés d'amitié ! Pourtant c'est sur le blog de José Saramago que je découvre un billet à son nom, avec des photos de cette amitié, de ce respect mutuel des deux intellectuels. Alors j'ai repris une des photos publiée, car je la trouve très sympa, connaissant leurs oeuvres littéraires.

"Com a maior amizade e a mais profunda admiração." (Extrait de la note de José Saramago dédiée à Eduardo Lourenço, publiée le 13 octobre 2008)

J'ai lu un petit mot d'Eduardo Lourenço, sur un autre blog, dédié à son ami décédé ce mois de juin dernier. Il parle de lui comme le conte de Cendrillon à la portugaise (Cendrillon en portugais : "A gata Borralheira") Ce mot dit ceci :

Humanidade unicamente humana

Em todos os sentidos, como destino e como autor, [José Saramago] é um caso paradoxal. Aparece tarde no horizonte da ficção portuguesa, quando já ninguém o esperava, provavelmente nem ele. E isso é já em si um paradoxo e sobretudo um milagre cultural. À sua maneira, era uma versão nossa da Gata Borralheira. Para imitar Saramago, também ele se levantou do chão, de um sítio sem memórias eruditas canónicas, apoiado na sua extraordinária experiência dos homens, sonhando e ressonhando que foi para ele matricial. Refiro-me à Bíblia. Quase todos os seus livros célebres são um diálogo com a mitologia bíblica, que ele vai submeter a uma estranha desmitologização, fazendo com ela um mundo às avessas ou antes um mundo onde as mais famosas histórias bíblicas se tornam a história mesma da humanidade unicamente humana. Provavelmente com a queda da utopia que foi assumidamente a dele, essa espécie de diálogo dramático com a mundovisão religiosa de raiz bíblica foi o que o salvou, não só literariamente, do traumatismo ideológico e ético. Deportou o essencial da sua utopia para paragens onde esse autêntico apocalipse político fosse substituído pelos sonhos de uma humanidade que pudesse ter perdido uma guerra mas nunca a ilusão que a faz viver.
Eduardo Lourenço

lundi 23 mars 2009

BLUES


Photo © Sonia Marques (Douarnenez, 2008)

Le bleu est sans conteste la couleur la plus aimée, dixit Eva Heller● ● ●  dans son superbe livre Psychologie de la couleur, aux éditions Pyramid, sorti ce mois-ci.

Voici quelques uns de ses apprentissages :

Something old, something new,
Something borrowed, something blue.

C'est la coutume du mariage au Royaume-Uni, datant de la fin du XIXe siècle encourageant la mariée à porter sur elle quatre objets.

Der Blaue Reiter, le Cavalier bleu, groupe d'artistes fondé en 1911 par Franz Marc, Vassily Kandinsky, Alfred Kubin et Gabriele Münter, car ces artistes aimaient peindre des chevaux et que le bleu était leur couleur préférée.

  • Outremer, littéralement, "de l'autre côté de la mer", lieux multiples d'ou provient le lapis-lazuli.
  • Indigo, vient du portugais indico, tiré lui-même du latin indicum, signifiant "de l'Inde", colorant qui nous vient de là-bas.
  • Les "fourmis bleues", les ouvriers chinois sont souvent dénommés ainsi pour leur bleu de travail.
  • Le blue-jeans : dans les pays de l'Est, les jeans sont teints avec de l'idanthrène indélébile et ne se délavent pas ("jeans socialistes") Les touristes des pays capitalistes, en revanche, portent des jeans délavés ("jeans capitalistes")."L'heure bleue", l'heure du crépuscule, la happy hour, après les heures de bureau, la relaxation, bars et pubs baissent leurs boissons alcoolisées.
  • Le blues, courant musical inventé par les Noirs américains, adjectif de couleur, en anglais, blue signifie également "triste" et "mélancolique".
  • Les blue movies qualifient les films pornographiques.
  • True blue, aucun équivalent en français, le bleu est ici fidélité, loyauté.
  • Blue stoking, bas-bleu, expression désuète et péjorative qui désignait les femmes, qui dès le XVIIIe siècle ne se satisfaisaient pas du style de vie conventionnel de l'épouse modèle femme au foyer.

● ● ● Eva Heller (1948-2008) est une auteure allemande d'ouvrages de littérature et de sciences humaines. Eva Heller grandit à Louisbourg près de Stuttgart, en Allemagne. Elle étudie la sociologie et la psychologie à Berlin. Son roman Avec un autre ce sera différent lui apporte la célébrité ; le roman est un best-seller en Allemagne, avant d'être adapté au cinéma avec le célèbre acteur allemand Dominic Raacke dans le rôle principal. Ses oeuvres ont été traduites en plusieurs langues ; certaines sont également disponibles en braille. Caricaturiste à ses heures, Eva Heller est saluée par la magazine allemand Spiegel comme "une artiste aux talents multiples, sachant analyser avec perspicacité l'esprit du temps". Epouse du sociologue allemand Dieter Prokop, Eva Heller est décédée en février 2008. Sa mort n'a été rendue publique par son époux qu'après ses funérailles à Francfort.

Son livre, Psychologie de la couleur, présente les couleurs comme une palette d'effets et d'émotions fondée sur des expériences communes, profondément ancrées dans le langage et la pensée. Les couleurs sont éminemment subjectives et le livre s'adresse à quiconque travaille avec les couleurs – qu'il soit artiste, art-thérapeute, designer, concepteur, architecte d'intérieur, créateur de mode.


jeudi 5 mars 2009

BLACKPOOL


Image du film "BOY A" réalisé par John Crowley

"C'est un gouttière tigré qui, les yeux plissés, choisit d'accorder ses faveurs à Jack : il se frotte contre sa jambe avant de lui sauter sur les genoux pour réclamer des caresses. Il a des os aussi fragiles que ceux d'un poulet mais son pelage est doux et chaud, et il ronronne de plaisir. "Voilà la preuve que vous êtes quelqu'un de bien, Jack, lance sa nouvelle propriétaire en lui adressant un clin d'oeil. Marble est un bon juge des caractères. Pas vrai mon minou ?"

Extrait du livre de Jonathan Trigell "Boy A" (2004) John Crowley vient de l'adapter au cinéma.

Après avoir vu ce film très émouvant, je recherchais cette plage finale qui illumine l'écran. Je pensais alors que cela ressemblait à Coney Island, une ancienne île, dans la ville de New York. avec ses parcs d'attraction mais comme le film se situe en Angleterre... Rien sur Internet, ni dans les interviews sur l'adaptation au cinéma... Dans le livre de Jonathan Trigell en poche (traduit par Isabelle Maillet en français), je découvre des passages, qui ne figurent pas dans le film, comme celui du chat tigré et confiant quand au personnage de Jack. Et enfin les dernières pages me livrent le lieu de la plage recherchée : BLACKPOOL, North Pier


© Blackpoolcam.co.uk

Et effectivement, afin de vérifier si les dernières scènes du film ont bien été tournées à Blackpool, je découvre ces informations :

Mostly Manchester, England. If you're familiar with Manchester and you watch carefully, you may be able to recognize some of the landmarks. For example, early on you see the Big Bang monument outside the City of Manchester stadium as a reflection in the car window and, on the rooftop after the party, you can see the big red "palace" sign. There is also a scene under the bridge near the Gmex. The final scenes are shot in Blackpool at the end of the North Pier.

LE DROIT DE L'OUBLI

"Boy A" est une réflexion sur l'après-prison. A comme Avocat, Avocat du diable commence le livre de Trigell. Si, le nouveau Jack qui trouve son prénom dans un guide des prénoms de garçon, tente de refaire sa vie, épaulé par son tuteur, la société puritaine n'a de cesse de faire ressurgir la haine du passé. Elle se fait juge sans connaître. Bref, superbe film sur la complexité d'une vie après un crime. Il nous donne des clefs philosophiques pour réfléchir sur le droit à l'oubli dans l'intimité de notre conscience... Dans le film de Crowley, la scène de la discothèque serait un hommage, d'après le réalisateur, à une séquence d'un des films de Claire Denis, (Beau Travail) Comme quoi, bienvenu au club !

La lumière de cette plage filmée à la fin, "au bout", au terminus de la ligne de train est fugace et parait être un mirage. Elle rassemble toutes les plages, un lieu commun de vacances, de rêveries, de jeux... Et pourtant ici le seul salut. La plage seule efface derrière soi.

Je crois à ces chats qui vont sur les genoux des étrangers, calmes, leur redonnant la clémence qu'ils ne trouvent pas ailleurs, parmi ceux qui jugent.

mercredi 4 février 2009

BLACK IS A COLOR

Le livre Black is a color, d'Elvan Zabunyan, aux Éditions Dis voir :




En réponse aux artistes occidentaux qui ont puisé leurs références dans les arts dits 'primitifs' ils affirment la volonté de faire un art authentique où s'inscrit la valeur de leur culture visuelle noire longtemps considérée comme secondaire par le monde occidental en regard de leur tradition musicale. Ils manifestent ainsi la nécessité de ne plus être un être 'invisible' en constituant par la (re)-présentation une identité culturelle afro-américaine, éléments essentiels pour la mise en place d'une histoire de l'art afro-américain contemporain.


Propecia Leigh, et Adrian Piper.