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Blog Kiwaïda

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mercredi 11 août 2010

OURSON PELICAN

(Photographe ?)

lundi 31 mai 2010

HEURE BLEUE


Photo : Sonia Marques

Vivre avec des plumeaux cela donne des ailes ou parfois cela rend clown. À quelques mois, celui-ci commence à chuchoter des secrets, la famille des ailés s'agrandit. De quoi reprendre ma lecture du poète Soufi Iranien Farid Al-Din Attar de son conte persan "La conférence des oiseaux"

La perruche
Vint ensuite la perruche... tenant du sucre au bec, vêtue de vert comme la pistache... et ornée d’un collier d’or. Au prix de son éclat, l’épervier n’est qu’un moucheron, et partout la verdure est le reflet de ses plumes. Le sucre distille de ses paroles, car elle croque du sucre dès le matin. Ecoute quel est son langage : « Des gens vils et des coeurs d’acier m’ont enfermée, toute charmante que je suis, dans une cage de fer. Retenue dans cette prison, je désire avec ardeur la source de l’eau de l’immortalité gardée par Khizr. Comme lui, je suis vêtue de vert, car je suis le Khizr des oiseaux. Je voudrais m’abreuver à la source de cette eau, mais je n’ai pas la force de m’élever jusqu’à l’aile du Simorg ; la source de Khizr me suffit. » La huppe lui répond : " Ô toi qui n’as aucune idée du bonheur ! sache que celui qui ne sait pas renoncer à sa vie n’est pas homme. La vie t’a été donnée pour que tu puisses posséder un seul instant une digne amie. Recherche sincèrement l’eau de la vie ; mets-toi donc en marche, car tu n’as pas l’amande... tu n’en as que l’écorce. Veux-tu sacrifier ta vie pour les belles vérités ? imite les hommes dignes de ce nom, en entrant franchement dans la voie. »
(Source :http://www.simorg.net/)

*

Le mythe d’un oiseau ressemblant au phénix, symbole de l'âme renaissant de ses cendres, se réincarnant à partir de la matière renouvelée, se retrouve dans de nombreuses mythologies de par le monde, et spécialement dans cette légende persane, quasi alchimique... Sur le Demâvend ( Elbourz, Perse, 6200m ) se tenait le grand Phénix Simurgh dont un œil regardait le passé et un autre l’avenir... Une autre tradition, moins localisée, place le fameux Simurgh (Simorg ou Simorgh), le roi des oiseaux, au sommet de la montagne cosmique Qaf. Farid-ed-dîn Attâr rapporte qu’un groupe nombreux d’oiseaux, cherchant leur roi, partirent en voyage, et traversèrent de nombreux obstacles au cours desquels la plupart laissèrent la vie. Arrivés peu nombreux en haut de la montagne, ils comprirent que le Roi recherché s’était identifié à chacun d’entre eux, en était leur synthèse accomplie.
(Source :http://www.simorg.net/)


Dans le texte que j'ai écrit pour la pièce de Cendrillon, je fais allusion à l'oiseau phénix qui renait de ses cendres : la transformation, la consumation, la relation entre le passé et l'avenir.

Sinon, l'heure bleue que j'ai re-découverte si bien exprimée (par le silence) dans le film d'Eric Rohmer (1987), des "4 aventures de Reinette et Mirabelle" autrement que dans une photographie de carte postale, correspond à l'oiseau dont j'accompagne les pas, en attendant que son duvet se transforme en turquoise. L'heure bleue, période de temps entre le jour et la nuit où le ciel se remplit presque entièrement d'un bleu pâle plus foncé que le bleu ciel du jour (on dit aussi « entre chien et loup » ou encore « la brunante ») Elle est causée par la diffusion Rayleigh (cf. Wikipédia)
Ce moment bien connu des noctambules ou des workaholics, des fous d'amour ou des poètes fous est un moment magique. En été, cette heure est réputée la meilleure pour sentir les parfums des fleurs (cf. Wikipédia) Une couleur prisée par les photographes ou bien par les insomniaques...
Entre chien et loup se trouve l'oiseau bleu...

jeudi 7 mai 2009

KOKO


Koko le gorille à son anniversaire pour ses 33 ans / Photographe: Ron Cohn - 2004

Koko a 36 ans aujourd'hui, en 2009. Elle est née le 4 juillet 1971 à San Francisco en Californie. Elle aurait pu être mon amie à la différence près que c'est une gorille. En regardant les photos de ses anniversaires et celui fêté ci-dessus, je m'aperçois que ses cadeaux sont ceux d'un enfant américain. Elle vit en captivité et a été dressée par l'éthologue Penny Patterson qui lui a appris plus de 1000 signes issus de la langue des signes américaine.

L'histoire de ce dressage, je l'ai découvert avec le documentaire réalisé par Barbet Schroeder en 1978, "Koko le gorille qui parle". Il révèle cette étude sur l'animal et inversement aussi, le comportement des chercheurs, une vision instructive sur l'attitude "formatrice" des humains selon leur idéologie.


Photo tirée du film documentaire "A talking Gorilla" de Barbet Schroeder, en 1978

Dans ce film, Koko est une gorille de 7 ans confié par le zoo de San Francisco à Penny Patterson, étudiante en psychologie qui lui apprend depuis son plus jeune âge le langage des signes. C'est un constat et vu aujourd'hui, une trentaine d'années après, c'est assez triste et réflexif même si les enjeux de la recherche sont aussi là. Koko symbolise vraiment toute une vie, en écho à la mienne, de croyances, de politisation avec les médias, d'éducation, de socialisation de domination et de mon point de vue une impuissance manifeste face aux déracinements (pourrait-on parler des déracinements en général ?) Dans ce documentaire, qui est fort heureux, un regard critique sur cette étude de l'homme sur le singe, j'ai été surprise du harcèlement de Penny Patterson avec cette Koko et en même temps de son côté maternel. L'autorité que justifie la chercheur serait celle de sa hiérarchie si Koko était dans un groupe de gorilles, en pleine nature... Mais elle emprunte une morale bien pensante de l'époque, pourtant après 1968, dans ce campus ouest américain.

La question de cette étude 'innovante' reste :
- Est-ce qu'un animal peut-être considéré comme un être humain, une personne ?

Koko sait maintenant communiquer, elle sait ce qu'est un chapeau, une poupée... D'ailleurs on peut se poser la question de l'interêt de ce savoir, dans ce cas. Pourtant Koko n'a aucun droit légal : Le zoo peut être son propriétaire. Koko n'est pas reconnue comme une personne, Koko reste un animal.


Koko aime les chats, un cadeau pour ses 33 ans / Photographe: Ron Cohn - 2004

L'éthologie, d'après Etienne Geoffroy Saint-Hillaire en 1854, c'est l'étude nécessaire des moeurs des animaux dans leur environnement naturel. L'interview de Frédéric Joulian, éthologue, que l'on peut voir au sujet du documentaire, est un merci au documentariste Barbet Schroeder qui permet cette distance. Il parle du temps animal qui est respecté, mais aussi, il dit que Shroeder montre l'hystérie de Penny qui parle fort comme à un sourd : "Fait ci !!! "..."Fait pas ça !!!". Malgré tout il met en avant le militantisme scientifique et idéologique mené par Penny Paterson, qui déroge en emmenant la bête, le King Kong symbolique, chez elle, la blonde. À l'image du film américain, elle démontre ainsi la maltraitance qui est fait à cet animal, qui ainsi n'est plus regardé comme un monstre sanguinaire. Cela permet de rendre compte de la pauvreté de nos zoos, en France, pour ces animaux dotés d'intelligence, dans des environnements très misérables, sans interactions. Après ce documentaire, les zoos ressemblent fortement à des prisons, surtout lorsque l'on projette Koko retourner dans ces îles de béton. Dans ces îlots touristiques, l'affection, l'interaction, les stimulations très riches d'une Penny Paterson avec "son" animal, sont ignorées, même pas envisagées.

J'ai voulu savoir ce que devenait Koko aujourd'hui du haut de ses bientôt 37 ans. Sur le site de la fondation de gorilles, j'ai pu voir les photographies de Koko, qui a grandi physiquement comme un gorille, mais grandi aussi en partie à l'image d'un humain, toujours entourée de jouets ou autres 'stimulis' : des livres, des environnements tropicaux comme des carnavals ou des installations artistiques, dédiées au divertissement d'un singe inventif ! Penny aussi a grandi, vieilli, (bien qu'elle ne soit pas un sujet d'étude...) et reste toujours à ses côtés. Sa fondation, qui tente de trouver des fonds (comme son nom l'indique), diffuse une vidéo ("A Video Message from Koko") qui est, à mon sens, une caricature de nos visions anthropologiques. Effet de mirroir, mise en abîme, complexe, de nos échanges avec l'animal, on ne peut s'empêcher aussi de s'identifier et de se dire que Koko est triste.

Essayer d'informer sur l'intelligence de l'animal est une délicate tentative. En effet les scientifiques sont confrontés à une certaine forme de régression de la pensée : "On en fait des presque humains" alors qu'ils sont des génies dans leur forêt. Koko est une chimère, un gorille humanisé, car éduqué avec des formats qui seraient ceux d'une jeune enfant américaine, née dans les années 70, dans un milieu urbain. Koko mange des hamburgers, Koko se peigne, Koko porte un collier hawaïen de fleurs artificielles, Koko lit des histoires d'oiseaux dans la cage aussi (la mise en abîme est infinie), Koko veut des câlins... Le problème des chercheurs face à la médiatisation c'est de parler juste dans un milieu démagogique, avec toutes ses images transformées, faussées, retravaillées, soit pour obtenir des fonds, soit pour relater d'un milieu naturel ou d'une vision écologique, tout en montrant des décors réalisés par les humains.

Cela dit, ce que j'ai préféré, à travers ce documentaire, c'est lorsque Koko apprend à Penny un jeu bien à elle, (qui ressemble à celui des dragons chinois : lui prendre la taille derrière elle et la suivre) dont les chercheurs se sont aperçus qu'il était celui des gorilles. Et Koko a des attitudes très relax et frondeuses, face à sa maîtresse, qui donneraient envie à bien des humains scolarisés... de copier ces nécessaires comportements sauvages.